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ACTUALITES   ECONOMIQUES EN AFRIQUE

L'AFRIQUE, NOUVEAU TERRAIN POUR LES CHASSEURS DE TETES
(01/03/2008)

Depuis quelques années, l'Afrique est devenue un réel marché pour les chasseurs de têtes. Pour recruter leurs dirigeants, les multinationales et les grandes entreprises qui travaillent sur le continent font souvent appel à de grands cabinets spécialisés. Au niveau local, le foisonnement des petites structures, pas toujours très professionnelles, complique la tâche des sociétés qui souhaitent confier leur recrutement à des spécialistes.
 
Les cabinets de recrutement foisonnent en Afrique. Du plus gros Michael Page a ouvert un département Afrique en 2006 aux plus petits, très nombreux. Tous sont des chasseurs de têtes, mais ils ne chassent pas les mêmes profils. Théoriquement, le choix qui s'offre aux sociétés qui souhaiteraient recourir à un cabinet de recrutement est pléthorique. En y regardant de plus près, on observe une certaine segmentation du marché. Ainsi, Michael Page se positionne sur le haut du marché de l'emploi. Ses missions: chasser le «top management» pour des sociétés multinationales ou des filiales africaines d'entreprises nationales. AfricSearch, basé à Paris avec des bureaux en Afrique et à Washington, travaille pour le même type de sociétés, mais se positionne plus sur les jeunes diplômés et les cadres juniors. Les cabinets locaux répondent aux besoins exprimés par les entreprises sur le terrain et recruteront aussi bien des cadres locaux expéri­mentés et des jeunes diplômés que des employés. Mais bien sûr, il n'est pas interdit pour les uns et les autres d'aller croquer dans la niche du voisin.

«Une démarche audacieuse»

À ce jour, Michael Page reste le seul cabinet international à véritablement miser sur le continent en ouvrant un département Afrique en 2006. « Notre sentiment était qù'il y avait un marché, mais notre démarche avait un caractère expérimental et audacieux", souligne Paul Mercier, directeur exécutif de Michael Page Africa. La décision de créer ce département n'a pas été inspirée par la demande des clients traditionnels du cabinet, mais par cette réflexion: Il Nous pensions que si l'on parvenait à massifier et centraliser les demandes et à répondre à toutes les questions de recrutement, alors on pouvait atteindre une masse critique. Aujourd'hui nous sommes présents dans 25 pays, mais aussi en Afrique ".
Depuis 2006, l'équipe s'est étoffée, avec une dizaine de consultants basés à Paris. Il faut dire que ce cabinet britannique a choisi de développer son pôle Europe puis Afrique à partir de la France. Un bureau a été ouvert en 2006 en Afrique du Sud et avec environ 14 consultants, c'est déjà l'un des tout premiers du pays. « Le marché domestique se prête au développement et le cabinet se fond bien dans le paysage grâce à sa culture anglo-saxonne ", souligne Paul Mercier, satisfait de la croissance de l'activité du dépar­tement qui a doublé entre janvier 2008 et janvier 2007. Pour le moment, Michael Page n'a pas prévu d'ouvrir d'autre bureau en Afrique; en revanche, le cabinet s'appuie sur des locaux à sa disposition à Casablanca, Alger et au Caire. « Le marché en Afrique du Nord, qui présente le rapport expatriés/locaux le plus équilibré, justifie cette présence ", avance Paul Mercier.

Michael Page ne cherche pas à dénicher ses principaux clients parmi les entreprises françaises qui travaillent en Afrique. Ces dernières, souvent implantées depuis des années, ont leurs propres réseaux. En revanche, une société britannique ou espagnole peut avoir besoin de ses services. Michael Page intervient bien sûr dans les économies pétrolières, de l'Algérie à l'Angola en passant par le Gabon et le Nigeria, mais aussi de plus en plus dans les pays où se développe une classe moyenne comme le Maroc, la Tunisie, l'Égypte, sans oublier le Ghana, le Sénégal et le Cameroun. « En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, nous espérons que la situation se normalise rapidement ", ajoute-t-il. Et il n'est pas le seul à attendre le retour du pays sur le marché ... AfricSearch a réalisé jusqu'en 2002 une bonne part de son chiffre d'affaires en Côte d'Ivoire.

L'Afrique du Sud recrute chez ses voisins

« Pour des pays miniers d'Afrique australe comme la Namibie et le Botswana, la logique de dépendance par rapport à l'Afrique du Sud demeure ", analyse Paul Mercier. Bien sûr la proximité géographique joue. Les compagnies minières sud-africaines, et notamment De Beers, jouissent d'une forte présence dans les pays voisins et vont y recruter des employés compétents. Et ce, d'autant plus facilement « qu'une forte pression s'exerce sur les blancs sud-africains à cause de la politique du Black Economie Empowerment (BEE) ", fait observer Paul Mercier. Les Sud-Africains n'hésitent pas non plus à s'envoler pour le Golfe Persique, voire le Soudan, des régions attirantes, notamment dans le secteur médical ou pétrolier.

Ces dernières années, l'Afrique a bénéficié d'un flux important de capitaux dans le secteur des infrastructures et des mines. « Nous observons une véritable tendance d'investissements panafricains et notamment sud-africains vers l'Afrique de l'Ouest, avec des mouvements de recrutement, car les Sud-Africains n'ont pas le bagage linguistique ", souligne Paul Mercier qui note aussi la présence d'investisseurs espagnols en Afrique de l'Ouest, à la recherche de cadres francophones. Cependant, si le continent bénéficie aujourd'hui du boom des matières premières et d'une bonne croissance économique, ce n'était pas le cas en 1996, lorsque Didier Acouetey lançait son cabinet AfricSearch, premier cabinet de chasseurs de têtes parisien dédié à l'Afrique. Depuis le cabinet a grossi et réalise environ 500 recrutements sur le continent avec des bureaux à Dakar, Cotonou, Johannesburg et Washington. Les clients sont à 90 % des multinationales, présentes plus particulièrement dans les secteurs de la téléphonie mobile, de la banque, des boissons gazeuses ou encore des cigarettes.

« Quatre-vingt pour cent des diplômés africains vivant en Europe sont prêts à rentrer s'ils rencon­trent une belle opportunité », assure Didier Acouetey. Encore faut-il préciser: à salaire équivalent à celui pratiqué en France et avec la perspective d'une carrière dans un groupe international, ce qui limite les opportunités. Pour autant, AfricSearch a pu se développer en profi­tant d'une conjoncture favorable au recrutement de cadres africains: le coût prohibitif de l'expatriation, la politique d'africanisation du personnel menée par les sociétés occidentales opérant sur le continent noir, et le nombre croissant d'étudiants africains de haut niveau sans espoir de régularisation en Europe. « En Europe et en France, les Africains qui souffrent de discrimination ou du fameux plafond de verre [obstacle invisible empêchant les minorités d'accéder à des fonctions supérieures, ndlr) peuvent être tentés par le retour. Et pour les entreprises, l'opération peut être avantageuse: elle embauche un cadre qui connaît bien le marché local et la culture du pays et dépense moins que pour un expatrié qui aura en plus le désavantage de ne pas s'inscrire dans la durée ", souligne Andréa Kingue d'AfricSearch.

Cependant, tout n'est pas aussi simple. « Ces compétences, quand elles existent, doivent être rémunérées et l'entreprise doit mpntrer des gages de bonne gouvernance. Les multinationales petwent les apporter et dans les salons sur l'emploi en Afrique, seule une vingtaine d'entreprises se donnent les moyens d'offrir de bonnes conditions. En revanche, pour les entreprises locales, à capitaux familiaux, cela est beaucoup plus difficile », note Paul Mercier. Il pointe aussi le « manque de culture d'intégration des talents et l'absence de système de formation continue en Algérie, où il est très difficile de convaincre un Algérien de venir travailler dans son pays, sauf pour une multinationale ". Les Africains de la diaspora se disent prêts au retour, mais on oublie souvent d'évoquer les conditions de ce retour. Un « vrai non-dit », affirme Paul Mercier. « De très bons professionnels nous sollicitent, mais nous sommes loin d'avoir toujours une opportunité à leur proposer », explique-t-il.

« Il y a une dizaine d'années, on trouvait encore l'essentiel des compétences hors du continent. Mais les choses ont beaucoup évolué ", analyse Didier Acouetey dans le magazine Continental. Mais aujourd'hui, grâce entre autres aux retours au pays, aux contacts entre diasporas et nationaux, et au progrès dans la formation locale et dans l'accès aux connaissances, « nous recrutons de plus en plus de personnes qualifiées sur place ", poursuit-il.

Retourner au pays,
mais pas à n'importe quel prix


Il reste cependant quelques secteurs déficitaires: des cadres en marketing, ressources humaines et en communication, ou en gestion financière un peu sophistiquée. Le secteur des télécoms semble ainsi réellement sous-tension. Au Sénégal, impossible de trouver un ingénieur télécoms sans le débaucher. Eco Afrique, un cabinet basé à Dakar, raconte que pour une opération de recrutement, il est allé chercher les candidats en Grande-Bretagne, aux États­Unis, en France et en Russie. Et pour les débaucher, les sociétés doivent être prêtes à y mettre les moyens. Même si ces cadres ont envie de rentrer dans leur pays, ils ne le font pas sans de bonnes garanties. « À Dakar, la location d'une maison est élevée, l'achat d'une voiture ... tout cela est cher », souligne Yvette Gaye, responsable administrative d'Eco Afrique. Paul Mercier évoque une mission difficile dans le domaine des télécoms : « trouver un DG au Nigeria sans se limiter à un Britannique. Nous avons suscité suffisamment d'intérêt pour qu'un Indien expatrié à Chicago prenne ce poste à Lagos. Notre client nigérian a également su se donner les moyens pour le convaicre de l'intérêt du projet: exercer une activité en abolissant les frontières, tout en découvrant d'autres cultures et en apportant une vraie contribution grâce à ses compétences. »

Pour l'entreprise qui cherche à s'offrir les services d'un cabinet de recrutement, il lui faudra trier le bon grain de l'ivraie parmi une offre pléthorique. La réponse d'Ibrahim Cissé, à la tête d'lBC Consulting, à la question sur le nombre de cabinets de recrutement qui se partagent le marché à Ouagadougou, n'est pas feinte: « N'importe quel cabinet qui se crée se baptise cabinet de recrutement ". M. Cissé qualifie même le marché de « compliqué». Des cabinets comptables n'hésitent pas à se « vendre » comme recruteurs, et s'il reconnaît qu'il existe quelques concurrents de valeur, «beaucoup d'entre eux ne sont que des agences de placement ... pour des amis, et ne réalisent pas un véritable travail de fond ».

Du fait de cette multitude de cabinets de recru­tement et de cette concurrence anarchique, « le marché est obscur et les entreprises se méfient », souligne-t-il. Du coup, il est plus difficile de gagner la confiance des sociétés voire des candidats potentiels. Cela relève d'un travail de longue haleine. Un sentiment que partage Yvette


Gaye, à Dakar: « Certaines entreprises ont peur d'être roulées et lorsqu'elles sont passées auparavant par d'autres cabinets peu sérieux, cela prend du temps pour construire une relation de confiance», constate-t-elle. Elle reconnaît aussi que la concurrence entre cabinets de recrutement tire les prix vers le bas. « La commission peut baisser de 15 % par rapport à ce que nous pratiquions. Parfois, on propose aussi un forfait », ajoute-t-elle.

Elle se dit aussi surprise de la mauvaise connaissance du marché de l'emploi des grandes sociétés qui s'implantent au Sénégal et qui s'imaginent recruter des perles rares pour des salaires extrêmement faibles. DP World recherchait ainsi une assistante bilingue avec un peu d'expérience à FCFA 200 000 (environ € 300). Or, à la sortie de l'école, le salaire d'embauche est de FCFA 350000. Mais Mm, Gaye a sa méthode pour convaincre. Le service du recrutement étant garanti, elle propose d'abord des candidats qui veulent bien travailler au salaire indiqué par la société. À ce prix, l'assistante ne sera pas bilingue, mais se débrouillera en anglais. En général, tout rentre dans l'ordre. La société rentre dans les prix du marché du travail sénégalais et le cabinet peut lui proposer un candidat correspondant au profil recherché.
Sylvie Rantrua
 

LA PRODUCTION D'HUILE DE PALME EN SURCHAUFFE
(11/02/2008)

La production mondiale d'huile de palme, pourtant en forte aug­mentation, ne parvient pas à suivre le rythme de la demande, ce qui entraîne une tension sur les cours. L'Afrique, importatrice nette, dispose de peu de marges de manœuvre pour augmenter sa propre production.

comme son nom l'indique, l'Elaeis guineensis, le palmier utilisé pour produire de l'huile de palme, est originaire du golfe de Guinée en Afrique de l'Ouest. Pourtant, la forte hausse des cours de l'huile ne constitue pas une bonne nouvelle pour le continent. Les premiers pays producteurs se trouvent désormais en Asie du Sud-Est, et l'Afrique est importatrice nette.
Si les cours sont particulièrement tendus aujourd'hui, c'est en partie à cause des inondations qui ont touché les zones productrices en Malaisie, premier producteur et premier exportateur . Mais la tendance forte à la hausse de ces dernières années repose sur une augmentation constante de la demande que la production, qui a pourtant quasiment doublé en une dizaine d'années, ne parvient pas à satisfaire, La grande majorité de la consommation (les quatre cinquièmes environ) est à usage alimentaire. L'essentiel du reste prend la direction de l'industrie. L'oléo-chimie utilise l'huile palmiste pour des produits cosmétiques tels que le rouge à lèvres, les déodorants, mais aussi des peintures et des laques, ou pour la fabrication de collants...

C'est dans ce contexte déjà tendu que vient s'ajouter la problématique des agrocarburants,
qui crée une bulle sur les marchés, « Avec les annonces faites sur l'utilisation d'agrocarburants, il faudrait encore doubler la production d'ici à 2050 , souligne Hubert Omont, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Avec un bémol néanmoins: l'huile de palme ne serait pas la meilleure car elle fige à froid. Mais les Malais semblent avoir trouvé un procédé pour adapter leur produit d'exportation stratégique à la nouvelle demande énergétique.
 
L'huile la plus échangée au monde

La production n'est pas extensible à l'infini. Une hausse ne peut jouer que sur deux tableaux. La sélection d'espèces pour améliorer la productivité n'offre pas de gain énorme. C'est donc surtout l'extension des surfaces cultivées qui a permis la hausse remarquable de production de ces dernières années. Car si la production mondiale, toutes huiles confondues, a augmenté de 88 % entre 1991 et 2007, celle d'huile de palme a été plus rapide. Alors qu'elle ne représentait que 14 % de la production mondiale, elle en atteint désormais le quart. L'huile de palme est aujourd'hui
la plus échangée au monde: elle représente 42 % des échanges en 1998, contre 24 % pour l'huile de soja, 11 % pour le tournesol et G,5 % pour l'huile de coprah et de colza,
La Malaisie et l'Indonésie sont les principaux artisans de cette augmentation spectaculaire. À eux seuls, les deux voisins asiatiques représentent pas moins de 90 % de la production. Avec une différence notable entre les deux: si l'Indonésie consomme la majeure partie de ce qu'elle produit, la Malaisie en exporte la quasi­totalité, Ainsi, en 2004, sur 14 millions de tonnes de produites en a-t-elle exporté 12,2 millions, Si à ces deux géants on ajoute la Thaïlande qui est (certes loin derrière) le quatrième producteur mondial, on voit que l'Asie du Sud-Est a su faire sienne une culture originaire du continent africain.

L'Afrique, quant à elle, s'est laissée distancer. Elle représentait 20 % du commerce mondial des corps gras dans les années 60, Elle ne compte désormais plus que pour 1,5 %. En termes de production d'huile de palme, ses statistiques sont légèrement meilleures, puisqu'elle compte pour 8 % de la production. Chiffre qui reste systématiquement sous-évalué: le palmier à huile est une culture traditionnelle en Afrique. Il existe dans tous les pays du golfe de Guinée une exploitation artisanale impossible à quantifier, à partir de laquelle l'huile est vendue localement.

Les pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) concentrent 83 % de la production du continent, pour 93 % des surfaces. Et au sein de la Cedeao, le Nigeria fait office de géant, assurant 59 % de la production de la région. Les autres pays qui ont un poids dans la filière sont la Côte d'Ivoire, le Ghana et, dans une moindre mesure, le Bénin. Mais tous font face à une demande locale supérieure à l'offre, Si bien que le renchérissement des prix sur les marchés mondiaux représente une facture pour les importations, Le Nigeria a d'ailleurs décidé d'interdire purement et simplement les importations d'huile de palme. Mais l'impact de la mesure n'est que politique: il entrerait dans les pays du golfe de Guinée quelque 2 millions de tonnes d'huile malaisienne qui échapperaient aux statistiques. Une bonne partie de cette huile est à destination du Nigeria.

L'autre réponse naturelle consiste tout simplement à doper la production locale. Encore faut-il pouvoir le faire. Le Nigeria est le seul pays pouvant augmenter sa superficie. Mais les zones de culture du palmier sont densément peuplées, et il s'agira d'une évolution délicate. Le gouvernement nigérian a annoncé récem­ment le développement de pas moins de 2 millions d'hectares de plantation  mais on attend toujours de voir l'application de cette mesure. L'arrivée d'investisseurs asiatiques, alertés par des gains potentiels en ces temps de cours élevés, pourrait néanmoins favoriser l'essor des plantations, au Bénin notamment où la Malaisie est arrivée en force au cours des deux dernières années. Des gains de productivité restent également possibles, au Nigeria mais surtout en Côte d'Ivoire, où les plantations commencent à vieillir. Extension des cultures ou gains de productivité, de toute façon cela ne suffira pas à combler le déficit face à la production. L'Afrique devra continuer à importer une huile dont les prix ne cessent d'augmenter depuis bientôt deux ans .
Une menace pour l'environnement?

Cette contrainte sur l'extension des cultures ne va pas faire que des malheureux. Des associations écologistes militent pour freiner l'expansion du palmier à huile car elle serait néfaste pour l'environnement. Au point où l'Union européenne envisage de contrôler l'entrée de produits à base d'huile de palme sur son territoire. Le développement des plantations de palmiers serait l'un des facteurs déterminants de la déforestation, notamment sur les îles de Bornéo et de Sumatra en Indonésie. Ce sont des pans entiers de la forêt vierge qui ont disparu pour laisser place à cette monoculture régulière et monotone. Cette pression sur la forêt a également des conséquences sociales sur les populations y habitant.

Les lois locales ont été adaptées à ces pratiques. Mais entre la corruption et le simple mépris de l'État de droit dans certaines zones reculées, les mauvaises pratiques sont néanmoins fréquentes. « Il n'y a pas si longtemps, les plantations étaient gérées par des agriculteurs, qui connaissaient les arbres et les sols. Désormais, l'agriculture est pratiquée par des sociétés commerciales, par des gestionnaires qui sont plus des industriels ou des financiers" explique Hubert Omont. La plantation ne respecte pas nécessairement les lois du pays, ou au contraire sait l'utiliser pour arriver à des fins inavouables. Par exemple, des exploitants de bois tropicaux prétendent vouloir créer des plantations uniquement pour obtenir l'autorisation de couper les arbres. Certains vont même jusqu'à acheter les semences des palmiers, qu'on retrouve, toujours dans leurs sacs, après le départ de l'entreprise.

Les producteurs d'huile de palme s'insurgent contre cette vision. Sans être dénuée de fondement,elle est trop simpliste. D'abord car, selon eux, la responsabilité des plantations dans la déforestation est minime. Ensuite parce qu'il est possible de produire de l'huile de palme respectueusement de l'environnement. C'est pourquoi des acteurs de la filière ont décidé de créer en 2004 une plateforrne pour le " palmier durable ", la RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil), association à but non lucratif qui regroupe des acteurs d'horizons très variés: planteurs, transformateurs, négociants, intermédiaires financiers, ONC ... Plus de 300 sociétés y sont inscrites. Elle propose notamment des huiles certifiées, mais représente surtout un lieu de rencontres et de débats.
Lucas PatIiat

L'HUILE DE PALME, MAUVAISE POUR LA SANTE ?

Voilà une réputation qui lui colle à la peau, mais dont il faut se méfier: l'huile de palme serait néfaste car comportant beaucoup d'acides gras saturés, facteurs de maladies cardio-vasculaires. Si la présence d'acides gras Saturés est avérée, une étude du Cirad en Amoindrit l'impact sur l'homme. Ces acides seraient en effet " en position non digestible " (contrairement aux graisses animales par exemple) et ne pénétreraient ainsi pas dans l'organisme. Le débat est complexe, car utilisé et exagéré Par les querelles entre lobbies des différentes huiles (tournesol, olive, soja .. ). Mais les études semblent le prouver, la bonne solution en termes alimentaires reste de mélanger ou de varier les huiles. De quoi mettre tout le monde d'accord.

CACAO
LA HAUSSE DE LA DEMANDE MONDIALE AIGUISE LES APPETITS

(04/02/2008)

Les producteurs de cacao sont sur le pied de guerre pour relever le défi de la demande mondiale. Les autorités ougandaises se frottent les mains: la dernière récolte s'est inscrite en record. Surfant sur le besoin de développement durable, les planteurs de ce pays d'Afrique orientale comptent investir dans la fève biologique.
Du côté ouest de l'Afrique, la production en Côte d'Ivoire a souffert de la météo et de l'in­stabilité sociale. Dans cette filière suspectée de couvrir un vaste réseau de corruption, l'atmo­sphère est morose. Mais l'amélioration de la demande globale apporte un appel d'air bien­venu. Les Indonésiens, pour leur part, font des projets fous: supplanter le concurrent ivoirien comme producteur mondial numéro un. Tous les planteurs s'attèlent déjà à la tâche. En jeu: le marché chinois du chocolat, dont le taux de croissance devrait être au moins de cinq points supérieur à la moyenne mondiale dans les cinq années à venir. De quoi décupler les ambitions des industriels du secteur, qui, comme le suisse Barry Callebaut, croissent et prospèrent sur le sol chinois. De quoi se consoler du recul enregistré en Europe, qui ne doit qu'à l'Allemagne de ne pas avoir baissé davantage. Le prix de la fève à Londres s'est hissé à un plus haut de quatre ans.
La récolte de cacao en Ouganda a enregistré, pour la saison 2006/07, un niveau record, avec 10 006 tonnes, a annoncé le ministère de l'agriculture à Kampala. Rendu optimiste par ces résultats et les $ 20 millions de recettes d'expor­tation reçues à ce titre, le ministère prévoit maintenant pour la campagne 2007/08, une progres­sion de la production de fèves à 12 800 t, de quoi assurer des recettes de l'ordre de $ 25 mil­lions. Et de rappeler qu'en 2001, ces chiffres se situaient à 3 700 t et $ 3,7 millions respectivement. Les autorités ont, en 2007, décidé d'augmenter le prix payé au planteur, à Sh 2 000 ($ 1,18) le kg. Résultat, les fermiers se sont détournés de la culture du café pour planter des cacaoyers, plus lucratifs. La demande pour le cacao ougandais est forte, se réjouit Hope Sona Ebai, secrétaire général de la Coco a Producers' Alliance, et encore plus pour les fèves poussées selon des conditions biologiques. « Le cacao ougandais souffre peu de pestes et maladies, si bien qu'il peut être cultivé biologiquement, et aller chercher de plus hautes primes », a-t-il indiqué.
Les nouvelles provenant de la Côte d'Ivoire sont moins enthousiasmantes pour Abidjan. En effet, les exportations de fèves de Côte d'Ivoire ont baissé d'environ 13 % lors de la campagne 2006/07 comparativement à la saison antérieure, a indiqué début janvier la Bourse du café et du cacao (BCC) à Abidjan. Dans son dernier rapport, la BCC précise que 1,196 mt ont été vendues à l'étranger, contre 1,364 mt en 2005/06. Les principales destina­tions ont été l'Union européenne, puis les États-Unis, les pays d'Europe non communautaires et l'Asie.
Et pour 2007/08, les derniers chiffres délivrés par les autorités portuaires de San Pedro concernant les trois premiers mois de la saison (octobre-décembre) font état d'embarque­ments totalisant 187361 t contre 190717 t embarquées durant le même trimestre en 2006. Ces piètres résultats ont plus d'une cause: une météo inclémente, des grèves à répétition, dont la dernière, au sein de la BCC à Abidjan, vient de prendre fin, au moins momentanément. Le personnel réclamait des hausses de salaires, de meilleures conditions de travail et la mise à l'écart de son directeur général, Tano Kassi. La filière café-cacao fait l'objet, depuis l'automne dernier, d'une enquête judiciaire, à l'initiative du chef de l'État Laurent Gbagbo, suite à d'importants détournements de fonds. Mais, faute d'informations probantes, la suspicion demeure. Toutefois, sur le terrain, les planteurs ont vu, comme leurs collègues ougandais, les prix bord-champ augmenter parallèlement à la demande mondiale. Les données les plus récentes n'ont pu être délivrées par la BCC, pour cause de grève, mais selon des planteurs de la région de Daloa, les prix étaient compris entre FCFA475 ($ 1,07) et FCFA500 le kg.

Les ambitions de l'Indonésie
L'Indonésie, troisième producteur mondial de cacao, s'apprête à récolter 600 000 t de fèves cette année, ce qui représente une progression de 20 % sur la récolte 2007, grâce à la meilleure productivité des cacaoyères. Le président de l'Indonesia Cocoa Board (ICB), Djoko Sa id Damardjati, s'attend à une meilleure production en 2008, suite aux retards enregistrés par la récolte à la fin de l'année dernière, dues à des pluies excessives tombées sur les régions clés pour la production.
L'ICB a également fait savoir que près de 350000 t de fèves ont été exportées l'année dernière, moins que les 490778 t enregistrées en 2006. « Seuls environ 10 % de nos exportations sont des fèves fermentées de bonne qualité, mais nous cherchons à les augmenter à 30 % dans les trois années à venir», a précisé Damardjati, selon lequel les exportations seront de 420 000 t cette année. L'Indonésie vise les 2 mt d'ici à 2020. Si elle atteint ce niveau, elle sera alors premier producteur mondial, devançant la Côte d'Ivoire et le Ghana.

Dynamisme chinois
Et il en faudra du cacao pour satisfaire la demande croissante en Asie et en Europe de l'Est. Barry Callebaut, groupe zurichois leader mondial des fabricants de produits à base de cacao, en veut pour preuve sa progression en Chine. Partant d'une base plutôt faible, d'environ 100 grammes par tête et par an plus de 11 kg en Europe occidentale le marché du cacao présente un potentiel de croissance de 8,8 % par an au cours des cinq prochaines années, estime Euromonitor. Un chiffre à comparer avec les 2 % à 3 % de progression annuelle anticipés pour le marché global. Se prévalant de telles statistiques, Barry Callebaut a inauguré le 9 janvier une usine de chocolat à Suzhou (100 km à l'ouest de Shanghaï) et sa 8' Académie du chocolat. L'unité, qui sera construite en temps record (douze mois) aura une capacité de production totale de 25 000 t par an. L'Académie a pour objectif de sextupler les ventes depuis la Chine jusqu'en 2012. En Europe, les broyages de cacao sont pris entre hauts et bas. En hausse, les broyages effectués au dernier trimestre de 2007, qui ont pris 2,9 % à 384 901 t. En baisse, le rythme de la croissance de la transformation européenne, qui est au plus bas des trois années précédentes. Et même, si l'on en croit l'European Cocoa Association, à son plus bas niveau pour la première fois depuis 2001. Que les Allemands aient transformé 25,5 % de plus de fèvés entre octobre et décembre, à 106041 t, ne change rien au bilan.
Mais la compagnie suisse reconnaît que si la consommation en Chine venait à dépasser les
prévisions, l'approvisionnement pourrait être un problème. Son président, Patrick De Maeseneire, a prévenu: « Il faut savoir qu'une pénurie ne peut être comblée du jour au lendemain. Il faut trois à quatre ans pour que les paysans puissent planter des cacaoyers et récolter des qua11lités supplémentaires». Avec cette question pendante et valable pour d'autres commodités agricoles: y aura-t-il assez de terres pour répondre à la demande? La concurrence risque d'être rude ...
De quoi susciter l'intérêt des fonds d'investissement, alléchés par les profits à venir Ils se sont donc portés massivement aux achats, ce qui a fait bondir le cours à Londres à £ 1 124 la tonne, un niveau inconnu depuis le 2 septembre 2003. À New York, même si la hausse a été moins importante, les détenteurs de fonds de couverture, et plus généralement les spéculateurs, ont augmenté leurs positions longues et porté le cours à $ 2 163 la tonne.
Marie Labrune

COTON
Record attendu en Chine

Le ministère chinois de l'Agriculture a annoncé le 8 janvier une récolte de coton à plus de 7 millions de tonnes en 2007, un nouveau record, avec une croissance de 4,5 % par rapport à 2006, rapporte l'Agence de presse Chine nouvelle. L'ensemble des terres cultivées en coton ont totalisé 5,53 millions d'hectares, enregistrant une faible augmentation de 1,72 % par rapport à 2006. L'année dernière, le gouvernement central a affecté 500 millions de yuans ($ 68,5 millions) d'aides pour l'achat de meilleures semences afin de soutenir la culture de la fibre blanche.
De son côté, le Comité consultatif international du coton (CerC) a déclaré qu'en raison du ralentissement de la croissance économique mondiale, il fallait s'attendre à un déclin de la consommation mondiale de coton en 2007 et 2008. Il a estimé la production mondiale de coton à 26,02 millions de tonnes, soit une baisse de 2,7 %, et la consommation mondiale à 27,38 millions de tonnes, soit une hausse de 2,98 %. La croissance de la consommation est inférieure à celle des trois années précédentes. L'écart entre l'offre et la demande est estimé à 1,36 mt. Selon le comité, l'année dernière, le prix mondial du coton a atteint au maximum 69,68 cents par livre, au minimum 55,6 cents, et en moyenne 63,28 cents par livre, soit une hausse de 10,2 % par rapport à l'année précédente.

ALUMINIUM
Chinako voit ses recettes progresser de 24,1 % en 2007

Aluminium Corp. of China (Chinalco), deuxième producteur mondial d'aluminium, a annoncé pour 2007 des recettes en hausse de 24,1 % à $ 18,04 milliards, grâce aux progrès réalisés dans l'élargissement de ses activités au cuivre et à d'importants projets à l'étranger. Chinalco a produit 10 mt d'aluminium en 2007, soit 9,62 mt de plus qu'en 2006. Sa production de métaux a progressé en base annuelle de 20,7 % pour l'aluminium, 20,6 % pour le cuivre cathode et 65 % pour l'éponge de titane. L'année dernière, Chinalco est devenue l'actionnaire majoritaire de Yunnan Copper, afin de devenir leader sur le marché chinois du cuivre. Il a également fait l'acquisition de 12 mt d'équivalent cuivre auprès du canadien PeRU Copper. La compagnie prévoit d'investir $ 1,2 milliard dans une entreprise conjointe en Arabie Saoudite, pour une production annuelle d'aluminium de 1 mt.

CAFE
Prévisions en baisse pour la saison brésilienne 2008/09


Par manque de pluie au moment de la floraison, la récolte de café - pour la campagne 2008/09, qui s'étend de mai à octobre - dans la région brésilienne du Minas Gerais ne va pas être aussi élevée que prévu. Le ministère de l'Agriculture, connu sous sa dénomination de Conab, a indiqué que la production est attendue désormais entre 41,3 millions et 44,2 millions de tonnes. À titre de comparaison, la récolte 2007/08 est anticipée à 33,7 mt. Cette hausse prévue pour la saison à venir s'explique par la nature "biennale" des caféiers, qui ont besoin, en quelque sorte, de se reposer un an sur deux. Cela n'empêche pas le potentiel d'augmentation de l'année traditionnellement en hausse d'avoir été sévèrement affecté par une très mauvaise météo. Les 50 mt projetées chez Portis ou VM Group ne se concrétiseront donc pas.


 

LES PAYS ÉMERGENTS AU SECOURS DE LA CROISSANCE MONDIALE
(28/01/2008)


En résistant à la crise des subprimes, et ainsi en l'atténuant, les pays émergents s'imposent définitivement comme une force économique majeure de ce début de siècle. L'Afrique en profite en voyant sa forte croissance se prolonger.
À la question « la crise des subprimes américains et les difficultés économiques qu'elle semble devoir entraîner aux États-Unis et en Europe ont-elles ou auront-elles un impact sur les pays en développement (PEV, pays émergents inclus) ? ", la Banque mondiale (BM) répond « pour l'instant non"; et l'institution avance même que « le dynamisme des économies en développement atténue les effets du ralentissement de l'activité observée dans les pays riches, et notamment aux États-Unis ". « Au plan commercial, précise ainsi Hans Timmer, coauteur et directeur de l'équipe chargée d'analyser les tendances mondiales au sein du Groupe d'étude des perspectives de développement à la Banque, la forte demande d'importations dans les pays en développement aide à soutenir la croissance mondiale. Par conséquent, comme le dollar est bas, les exportations américaines sont en plein essor, ce qui contribue à résorber le déficit courant des États­Unis et à atténuer les déséquilibres mondiaux ". Dans son dernier rapport', la BM montre que si la croissance mondiale devrait accuser un léger repli en 2007, pour s'établir à 3,6 % contre 3,9 % en2006, c'est en grande partie du fait du ralentissement de l'activité da~ les pays à haut revenu. Car durant la première moitié de 2007, la production industrielle s'est accélérée dans toutes les régions en développement, en parti­culier en Asie de l'Est (20 % d'une année sur l'autre). Dans cette zone, le dynamisme chi­nois, alimenté notamment par une croissance de 11,5 % en 2007, s'est répandu dans la plupart des économies de la région.
L'Afrique continue sur sa lancée
En Afrique subsaharienne, le PIB a progressé de 6,1 % en 2007 (5,7% en 2006), sa crois­sance la plus rapide depuis plus de 30 ans. Ce sont les pays exportateurs de pétrole qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu avec une aug­mentation de leur PIB de 8,1 % en 2007 (contre 5,3 % pour les pays importateurs) : la progression la plus forte depuis 35 ans dans ces pays, notamment due aux prix élevés du baril mais aussi aux nouvelles sources de pro­duction, en particulier au Soudan et en

Angola. Ce dernier est le pays subsaharien qui connaît la croissance économique la plus forte (24,3 % en 2007), grâce à une augmen­tation de sa production de pétrole, donc, mais aussi de diamants, et à une progression solide d'autres secteurs clés que sont l'agriculture, l'industrie et les infrastructures. En Afrique centrale, le Gabon dont la croissance a bondi de 1,2 % en 2006 à 4,8 % en 2007  est en progression. La Tanzanie, pour l'Afrique australe, a vu ses secteurs agricoles, miniers et industriels améliorer leurs performances et affiche un taux de croissance de son PIB de 7,1 % en 2007, contre 6,8 % en 2006. Même dynamisme chez son voisin kenyan qui, avant de vivre les drames post-électoraux récents, devait surpasser en 2007 son record de trente ans déjà atteint en 2006 (6,3 % contre 6,1 %). Le Mozambique, quant à lui, a connu une bonne croissance début 2007, avant de subir les ravages des cyclones et inondations.
La croissance des pays d'Afrique subsaha­rienne devrait s'accentuer en 2008 selon la BM et le FMI' qui prévoit un chiffre de 6,5 0/0, notamment grâce à une demande intérieure forte, ainsi qu'une augmentation importante des investissements publics et privés, avec un rôle prépondérant des capitaux chinois et indiens.
La zone subsaharienne fait ainsi figure d'ex­ception, puisque la croissance mondiale devrait enregistrer un léger recul à 3,3 % en 2008, les PEY affichant dans leur ensemble une baisse modérée à 7,1 % en 2008, et à peine 2,2 % pour les pays à revenu élevé. La production mondiale devrait ralentir cette année, notamment aux États-Unis et en Europe. Les analystes de la BM pensent quant à eux que les turbulences persisteront sur le marché du crédit international jusque vers la fin de 2008, mais que les grandes institutions financières continueront de pouvoir en sup­porter le coût. En outre, ils prévoient que les retombées sur la consommation des difficultés actuelles du marché américain de l'immobilier resteront limitées. Un « atterrissage en douceur ",

selon les termes de la BM, qui pourrait cepen­dant être remis en cause par des mauvaises per­formances américaines. Ainsi, l'affaiblissement du dollar, le spectre d'une récession aux États­Unis et la volatilité croissante des marchés financiers pourraient infirmer ces hypothèses optimistes pour l'économie mondiale.
Ces risques auraient comme conséquences une baisse des revenus liés à l'exportation, une diminution des apports en capitaux pour les économies en développement ainsi qu'une réduction de la valeur de leurs investissements effectués en dollars à l'étranger. Les pays en développement pourraient avoir à utiliser les réserves qu'ils ont constituées et les autres mécanismes dont ils se sont dotés ces der­nières années pour absorber des chocs inat­tendus.
La Chine, toujours le moteur de l'économie mondiale?
Dans ce contexte, la Chine pourrait-elle jouer le rôle de moteur de l'économie mondiale? La plupart des prévisions actuelles tablent sur une croissance chinoise « satisfaisante" de 10,5 % pour 2008 (contre 11,5 % en 2007), et sur une légère baisse de sa production. La Banque mondiale insiste sur l'impact de l'évo­lution de l'économie chinoise sur la croissance africaine, expliquant que «des performances décevantes dans les pays émergents tels que la Chine ( ... J pourraient impliquer une moindre progression des exportations africaines, notamment dans les pays importateurs de pétrole ", mais aussi une baisse significative des investissements étrangers, un des piliers de la croissance africaine. La BM évoque ainsi le contrat colossal de $ 5 milliards signé en 2007 entre la Chine et la RD Congo, incluant un investissement de $ 3 milliards dans les infrastructures du pays, les $ 2 milliards restants étant consacrés à la création d'une joint-venture dans le secteur minier entre les deux nations.
Cyril Fleury

La Bad participe à un fonds d'investissement privé
(28/01/2008)

La Banque africaine de développement (Bad) a annoncé le 16 janvier sa première prise de participation de € 20 millions dans un fonds d'investissement privé au Maghreb, le Maghreb Private Equity Fund 2. Selon un communiqué publié à Tunis, siège provisoire de la Bad, ce fonds doit financer des entreprises générant des revenus compris entre € 5 millions et € 50 millions dans quatre pays du Maghreb (Algérie, Libye, Maroc, Tunisie). Il favorisera, selon la Bad, « l'émergence d'entreprises leaders» dans la région, notamment dans le secteur des industries manufacturières et des télécommunications, et la création d'emplois « transfrontaliers ». Le fonds, d'une durée de vie de dix ans, doit également permettre de faciliter l'accès des entreprises ciblées aux Bourses locales et de renforcer l'intégration régionale, selon le communiqué.
 

L'AFRIQUE N'EST PAS UN CONTINENT VIDE
(21/01/2008)

La croissance de la population africaine commence doucement à ralentir. Explosion urbaine, densification des zones arables, besoins en infrastructures, les grandes tendances démographiques permettent d'évaluer les enjeux du continent, et les moyens d'y répondre.

La démographie comme outil de décision de l'aide publique au développement: c'est l'enjeu de l'ouvrage publié par l'Agence française de développement (AFD) et le Centre population et développement (Ceped), « L'Afrique face à ses défis démographiques, un avenir incertain » . Les tendances démographiques, en s'inscrivant dans le long terme, permettent d'anticiper des évolutions décisives pour le continent. Le livre s'attache en particulier à battre en brèches ce qu'il considère comme des idées reçues.

Disparités entre régions

La densité moyenne de population du continent reste faible - 32 habitants au km2, contre 124 pour l'Asie, par exemple, ou 58 pour l'Amérique centrale. Mais ce chiffre moyen masque non seulement des disparités entre sous-régions et entre pays mais aussi au sein des pays. Entre savanes, hauts-plateaux, forêts et zones arides, les conditions de vie diffèrent radicalement. Certaines zones sont plus à même d'accueillir des populations nombreuses. Une étude prenant en compte le type de sol pour calculer la densité humaine arrive ainsi à des résultats radicalement différents. Un pays saharien comme la Mauritanie, dont la densité ne dépasse pas les 3 habitants au km2, voit sa densité passer à 529 habitants au km2 si on ne prend en compte que les terres arables et les cultures permanentes. Si le chiffre reste discutable, l'écart entre les deux mesures parle de lui-même. La Mauritanie, bien que peu peuplée, atteint une densité critique.
Le constat vaut aussi pour le Niger, par exemple, qualifié de « pays plein» par JeanPierre Guengant. Pour les auteurs, le sous-peuplement de l'Afrique n'est plus d'actualité. La population africaine a été multipliée par cinq depuis 1950, une croissance absolument exceptionnelle. L'idée d'une Afrique sous-peuplée repose sur deux faits: la saignée réalisée par la traite et la colonisation, d'abord, qui a conduit à une stagnation voire une diminution de la population du continent pendant près de quatre siècles. Puis la politisation du discours sur le contrôle démographique des pays africains au lendemain des décolonisations. Les politiques de planning familial étaient présentées comme une manœuvre des puissances occidentales pour contrôler leurs anciennes colonies. La population était alors un atout, une richesse, et non une menace qu'il fallait brider. Si le débat a fait couler beaucoup d'encre, il semble, pour les auteurs, résolu aujourd'hui par le formidable rattrapage démographique des dernières décennies.

"La révolution contraceptive n'a pas encore vraiment commencé"

Après des années à un rythme haletant, les taux de croissance de la population africaine ont commencé à fléchir. Ce changement de tendance, qui s'observe depuis les années 80, a pu faire penser que la transition démographique était à l'œuvre sur le continent. Mais les auteurs se veulent prudents. Selon eux, la transition n'aura pas lieu avant plusieurs décennies - probablement pas avant 2050 dans la plupart des pays. À cette date, « seule une demi-douzaine de pays pourraient avoir une croissance annuelle de leur population de 1 % ou moins ». Au niveau global, elle resterait autour de 1 ,3 %, soit six fois celle de l'Asie ou de l'Amérique latine. En 1950, les chiffres étaient comparables.
La seconde moitié du XX' siècle a vu de nombreux projets de contrôle de la natalité. Des politiques publiques visaient à favoriser l'utilisation de méthodes contraceptives. L'utilisation de méthodes modernes de contraception n'est supérieure à 20 % que dans trois quarts des pays étudiés dans l'ouvrage. La progression de ces méthodes reste faible en Afrique de l'Ouest et centrale, mais est plus élevée en Afrique de l'Est et australe, zones particulièrement touchées par le virus du Sida.

Pour les auteurs, il n'y a pas de doute: cette lenteur s'explique par la faiblesse des programmes de planification familiale. Tant les gouvernements que les associations n'ont pas montré le même engouement que dans les autres régions du monde. D'autre part, l'ouvrage souligne la dilution des priorités, et les difficultés d'intégration des services de santé de la reproduction dans les services de santé publique.

Une Afrique urbanisée

Le fait marquant de l'évolution démographique africaine reste l'explosion urbaine. La population urbaine a été multipliée par 11 depuis 1950. Ce qui est remarquable est que la population rurale elle aussi a continué à augmenter durant la même période (elle a triplé), soulignant que le dynamisme démographique urbain provient de plus en plus de la natalité des citadins et de moins en moins d'un exode rural, qui continue, certes, mais dont l'importance ne doit pas être exagérée. S'il comptait pour les deux-tiers de la croissance urbaine jusque dans les années 70, il est aujourd'hui minoritaire.
Le continent reste pour autant relativement peu urbanisé. Le taux moyen de population urbaine n'est que de 37 % en 2005 contre 40 % en Asie et 78 % pour l'Amérique latine. L'Afrique australe est la plus urbanisée, avec 55 %. L'Afrique devrait devenir majoritairement urbaine dès 2030, date à partir de laquelle trois pays sur quatre auraient plus d'urbains que de ruraux (contre un pays sur quatre aujourd'hui).

Des tendances fortes et utilisables

Ces grandes lignes tracées par la démographie permettent d'expliquer bien des difficultés rencontrées par l'Afrique aujourd'hui. La forte croissance de la population entraîne une baisse du revenu par tête même en période de croissance. Quant aux chiffres de la croissance urbaine, ils donnent le tournis, et aident à comprendre les difficultés rencontrées par les administrations. Les tentatives de domestication des nouveaux quartiers, les mesures pour empêcher les nouveaux arrivants, les investissements dans de nouvelles infrastructures, ne pouvaient faire face à un tel rythme, surtout avec les faibles moyens dont disposaient les autorités.
Si elle peut expliquer les évolutions passées, la démographie peut également dégager  des tendances pour les années à venir. Le plus souvent, les acteurs du développement n'évoquent les études démographiques que comme base à leur action sur la natalité, la mortalité, la santé. L'AFD considère qu'il faut utiliser ces résultats comme outil de réflexion pour la définition de ses politiques de coopération. L'agence a d'ailleurs créé un poste de chargée de mission en population et migration.

Comme l'explique un économiste de l'institution, les axes de la nouvelle stratégie du département Afrique reposent en partie sur les grandes lignes dégagées par la démographie. Premier axe, soutenir la population active. « La population en âge d'être active est de plus en plus nombreuse par rapport à la population totale (on parle de baisse du taux de dépendance). On se trouve donc à une époque charnière où l'on pourra récolter les fruits du fameux dividende démographique ». L'existence de ce fameux bonus démographique fait débat. Censé résulter de la période de retournement des tendances au cœur de la transition démographique, il a largement profité aux économies asiatiques. Mais la lenteur, notamment, de la transition africaine risque d'en annuler tous les bénéfices (lire MTM du 15 septembre 2006). Pourtant, l'amélioration du rapport sera bien réelle, et l'accroissement de la main d'œuvre aussi. D'où pour l'AFD de participer à la formation de la population en גage  de travailler, mais aussi de s'assurer de leur santé, au sens large. « Il faut qu'elle soit en état de travailler ». Si le second axe concerne le soutien à la création d'emploi, le troisième recoupe à nouveau les préoccupations démographiques, puisqu'il s'agit de renforcer la capacité d'accueil des centres urbains, à la a fois en termes d'infrastructures et de capacité de gestion.

La croissance des centres urbains représente un enjeu considérable. La relation entre zones rurales et zones urbaines est en train de se modifier en profondeur. Les besoins en res­sources naturelles des villes, notamment ali­mentaires, s'accroissent. Faute de modernisa­tion du lien économique avec les campagnes, ce besoin est de plus en plus rempli par des importations. Ce qui devrait être un facteur de dynamisme pour l'économie locale devient une nouvelle contrainte.
Autre point, les capacités d'accueil des villes ont des limites. Si les centres urbains ont per­mis d'absorber une part de la pauvreté, grâce au dynamisme inhérent au facteur de concentration de l'activité, la croissance ininterrompue de la population freine cette particularité. Peu à peu, les villes risquent de se transformer en lieu de concentration de la misère, à laquelle s'ajoute en corollaire une insécurité grandissante qui devient un fait majeur des villes africaines.
Dans certains pays, les politiques de soutien à l'urbanisation se heurtent encore à une certaine méfiance des élites. Les villes sont des foyers de contestation. L'information y circule plus rapidement, les modes de représentation du pouvoir y sont plus fra­giles, et la hausse du niveau d'éducation rend les urbains plus critiques. Cette défiance tend à disparaître avec le renouvellement des élites et la diffusion de pratiques plus démocratiques. L'action des acteurs du développement a connu des modes. Si jusque dans les années 90, le biais rural était prédominant, de nombreuses ONG en particulier préférant rester dans les villages plutôt que s'intéresser aux villes, il s'est peu à peu inversé. L'expertise rurale s'est peu à peu éli­mée. La Banque mondiale en appelle d'ailleurs dans son dernier rapport annuel à un retour vers l'agriculture.

Lucas Patriat


 

LE POIDS DES RESEAUX EN MEDITERRANEE
(03/07/2007)

Qu'elles soient professionnelles, culturelles, économiques ou sociales, le rôle des associations dans la construction du partenariat Provence/Maghreb a longtemps été sous-estimé. Elles sont aujourd'hui le moteur de la dynamique.
Favoriser la coopération entre les rives sud et nord de la Méditerranée, tel est l'objectif du réseau Medcoop, fondé en 1999 à Marseille. Cet objectif respecte deux priorités: générer du développement au Sud tout en valorisant l'innovation et le respect des valeurs éthiques. Le délégué général de Medcoop, Kader Bekkar, ne dispose ci' autres moyens que des liens tissés par son assoàation avec d'autres, mais aussi avec les collectivités et quelques structures privées. « Nous ne finançons pas de projets, confie Kader Bekkar. Mais quand on vient nous voir avec une idée, nous pouvons au préalable évaluer son intérêt et, le cas échéant, mettre le porteur de projet en contact avec des structures qui pourraient l'aider.  42 associations sont membres de Medcoop. Le réseau est notamment très actif dans la communication auprès des opérateurs intemationaux de la région. Il tend à rapprocher les initiatives des secteurs marchand et non-marchand. « Les entreprises ont longtemps vu les associations comme des structures hors de la réalité économique, avoue Kader Bekkar. De leur côté, les associations considéraient les entreprises comme des pilleurs ! Cette vision est vraiment en train de changer et nous accompagnons ce mouvement très intéressant pour le développement des échanges entre la région Provence­Alpes-Côte d'Azur (Paca) et le Maghreb ».
Medcoop symbolise parfaitement le mouvement qui s'opère en Paca depuis quelques années. Les échanges entre le sud et le nord de la Méditerranée sont longtemps restés confinés à de petits niveaux, chaque opérateur prêchant pour sa propre paroisse, sans prendre en compte l'action de son voisin. Aujourd'hui, l'intérêt de la communication et de la collaboration n'est plus à démontrer. Et le nombre de manifestations qui se tiennent à Marseille pour promouvoir des initiatives communes avec le Maghreb le démontre. Ces évé­nements culturels ou économiques présentent­ils réellement un intérêt pour les relations entre les deux rives méditerranéennes? Oui, sans aucun doute car ils valorisent l'image de la cité pho­céenne : ces rendez-vous de plus en plus nombreux en appellent de nouveaux. et cette émulation attire dans la ville des associations, des réseaux locaux puis régionaux, et le siège d'organisations internationales faisant le lien entre l'Europe et la Méditerranée. C'est notamment le cas du réseau Anima. Projet cofinancé par l'Union européenne, il a pour vocation d'accroître les investissements directs étrangers (IDE) dans la région méditerranéenne. Basé à Marseille, le projet cible prioritairement les agences de promotion des investissements, mais il travaille également sur l'image globale de la région Méditerranée, les conditions d'accueil des investissements dans les pays MEDA (partenariat euro méditerranéen) et les pratiques observées dans ce domaine. Le réseau produit en outre un grand nombre d'études sur les marchés porteurs en Méditerranée. Il permet enfin de rassembler sur Marseille des responsables politiques et économiques du pourtour méditerranéen. Le projet Anima, initialement prévu pour s'achever en 1007, est reconduit et devrait même gagner un statut institutionnel.
À côté de ces actions d'envergure internationale, les initiatives plus modestes continuent de se développer. Ainsi l'Association régionale pour le dé­veloppement de la coopération industrielle internationale (Adeci) opère des rapprochements entre des entreprises de Paca et du Maghreb. Financée par les collectivités locales, l'Adeci s'inscrit tout à fait dans la dimension du partenariat entre les deux régions. « Le compagnonnage s'adresse aux PME régionales, pas toujours équipées pour s'attaquer à des marchés internationaux, résume le président de l'Adeci, Jean-Claude Sitbon. Nous facilitons donc les contacts entre des entreprises provençales et maghrébines de même secteur, qui trouvent souvent des complémentarités pour développer leur activité. » Un schéma très bien adapté aux réalités locales: « Les entreprises de Paca ont paifois du mal à exporter leurs produits industriels du fait de leur complexité. Il s'agit souvent de séries limitées, à grande valeur ajoutée, conçues spécifiquement pour des clients connus. Leur savoir-faire est très recherché au Maghreb en même temps que ces entreprises peuvent trouver là-bas les moyens de développer leur production. »
Créer des réseaux, c'est aussi l'ambition de la cité euroméditerranéenne de la mode. La filière textile emploie quatre millions de personnes en Méditerranée. Il y a deux ans, Marseille a vu naître ce projet international qui regroupe la France, l'italie, le Liban, le Portugal. la Turquie, la Tunisie et le Maroc. Face à la menace chinoise sur le marché du textile, le développement des liens entre le nord et le sud de la Méditerranée offre une réponse pertinente. D'autant que les besoins évoluent:  On est passé de relations de donneurs d'ordres à sous-traitants à un rapport de co-traitance, c'est-à-dire à la mise en place de relations plus partenariales entre les entreprises du Sud et du Nord, constate la chargée de développement de la Cité euroméditerranéenne de la mode, Valérie Melin. Elle poursuit: le secteur évolue au Maghreb. On y trouve de plus en plus de jeunes chefs d'entreprises, formés à l'étranger mais décidés à développer leur pays. » Des pièces maîtresses dans les nouvelles relations qui s'installent entre les deux rives méditerranéennes.
C.G.

Le compagnonnage industriel fait des adeptes en Paca

Le succès de l'association régionale pour le développement de la coopération industrielle internationale (Adeci) est sans aucun doute lié à la structure du tissu économique provençal: de nombreuses PME familiales, peu tournées vers l'international, sans ambition de croissance démesurée. Quand ces entreprises s'adressent à l'Adeci, c'est finalement presque par curiosité. L'association fondée en 1980 par des entrepreneurs ne fait pas dans l'humanitaire. « Les entreprises qui se tournent vers nous voient d'abord leur intérêt économique, affirme le président de l'Association, Jean-Claude Sitbon. Elles ne font pas dans la philanthropie, mais quand on parle d'entreprises à taille humaine, très vite, les liens se créent entre les entrepreneurs du Sud et du Nord. C'est la particularité du compagnonnage.  Convaincu que la recherche de bénéfices partagés est le moteur de l'initiative économique, Jean-Claude Sitbon est à l'origine de nombreuses JJ histoires d'hommes . Dans le papier, les machines ou les fruits et légumes, les contacts de l'association permettent de trouver des synergies entre les entreprises du Maghreb et de Paca, tout en restant dans le rythme de la PME. « Nous n'avons pas besoin de réunir un nombre minimum de sociétés pour prévoir un voyage d'affaires, explique Jean-Claude Sitbon. C'est très important parce que cela permet aux entrepreneurs de trouver rapidement la réponse à leurs questions. }} Et de travailler en groupe restreint. De l'autre côté de la Méditerranée, l'organisation des autorités locales comme des entreprises ainsi que les moyens dont elles disposent ne sont pas aussi structurés qu'en France. Ces missions modestes correspondent bien à l'environnement local. Depuis sa création, l'Adeci est devenue nationale et présente fièrement son bilan: depuis 1995, l'association a accompagné 250 missions de compagnonnage, dont 136 au Maghreb. 56 % de ces entreprises étaient basées en PACA. La majorité des partenariats s'opère avec la Tunisie (59 %) et le Maroc (37 %).68 % des entreprises accompagnées emploient moins de 50 personnes. Elles œuvrent majoritairement dans le secteur de l'équipement et des fournitures industrielles (61 %), de l'agriculture ou de l'agroalimentaire (11 %) et les services (28 %). Plus d'une entreprise sur deux n'avait aucune relation commerciale ou industrielle avec le pays concerné auparavant.
C.G.
LES fORMATIONS TOURNÉES VERS LA MÉDITERRANÉE

La place de Marseille en Méditerranée passe aussi par ses universités, ses écoles et ses formations. l'université de Provence, l'Université de la Méditerranée comme l'Université Paul Cézanne, les trois grands centres qui couvrent l'ensemble des disciplines supérieures, ont toujours accordé une grande place aux partenariats méditerranéens, que ce soit dans l'intitulé des diplômes, dans l'accueil des étudiants comme dans la création des instituts de recherche. Elles appliquent notamment le programme Medaccueil, dispositif de bourses d'excellence proposées par la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les écoles suivent aussi cette tendance. C'est notamment le cas de l'école de commerce Euromed, basée à Marseille ou de l'institut d'administration des entreprises (IAE) à Aix-en-Provence. On retrouve enfin cette tendance dans les colloques ou les formations proposés dans la région Paca.

 C.G.

 

 

UN RENDEZ-VOUS MANQUÉ ?
(07/04/2007)

Pour les ministres des Finances des pays africains de la Zone franc, l'heure d'une remise en question des politiques monétaires et cambiaires n'a pas encore sonné.
L'euro a atteint jeudi 5 avril son plus haut his­torique face au dollar. Le même jour, les ministres des Finances des pays africains de la Zone franc se sont réunis à Lomé autour de leur homologue français, Thierry Breton. Ce dernier, dont les activités ministérielles sont censées tourner au ralenti, n'a fait pourtant qu'un déplacement de moins de 24 h dans la capitale togolaise, campagne électorale oblige. Dans les couloirs, les participants parlaient moins de l'élection présidentielle en France que du débat lancé par certains acteurs dans l'Hexagone et par les cotonculteurs africains sur une éventuelle dévaluation du franc CFA ou son rattachement à un panier de monnaies, dont le dollar.

« Les mêmes réflexes qu'il y a 30 ans »

L'épais dossier remis aux participants ne com­portait aucune étude sur les effets de l'appréciation de l'euro par rapport au dollar sur les performances de la Zone franc. L'ordre du jour, non plus, ne mentionnait pas ce thème, au grand dam de tous ceux qui appellent de leurs voeux une évolution monétaire et cambiaire de la Zone. Ce sera peut-être pour une autre fois. Et pourtant, d'après les cotonculteurs africains, il y a urgence à faire un examen de la situation monétaire et de change de la Zone franc.
« Il est temps de faire un état des lieux des méthodes de travail en cours dans cette réunion », propose pour sa part un des participants qui ne fait pas partie du cercle des décideurs de premier plan de la Zone franc. Pour lui, il faudrait élever la capacité de cette réunion à être plus vigilante aux transformations rapides qui s'opèrent dans l'économie mondiale et sur les marchés financiers internationaux.
« Cette réunion garde les mêmes réflexes qu'il y a 30 ans, critique le même participant. Elle devrait notamment dire dans quelle mesure notre Zone est ou non compétitive par rapport à d'autres zones. » Pour lui, il est temps d'initier une démarche visant à regarder de près les questions liées à la mondialisation et à la compétitivité. « La question de la monnaie reste
taboue au sein de la Zone franc. Il serait utile de " détabouïser " cette question. Il faut préparer l'opinion et les opérateurs privés à un changement qui sera nécessaire par rapport à la question de la monnaie », insiste le même participant. Et d'ajouter qu'il faudrait mettre sur pied une commission d'experts complètement indépendants au sein de laquelle les principaux acteurs ne devraient pas être internes à la Zone  pour mener une réflexion qui soit indépendante et dépassionnée. « Ça urge et on l'ignore, poursuit-il. Il faut que cela soit proposé le plus rapidement possible. C'est de la responsabilité des ministres des Finances de la Zone franc. » D'après certains observateurs, ces derniers ont une nouvelle fois botté en touche.

Ralentissement de la croissance

Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales (Banque de France, Bceao, Beac et Comores) ont une opinion bien arrêtée sur la situation monétaire : elle est restée solide dans l'ensemble de la Zone. Les grands argentiers et les banquiers centraux ont néanmoins constaté un ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) global de la Zone franc : 3,1 % en 2006 contre 4,7 % en 2005. « En zone Uemoa, la persistance des crises sociopolitiques dans certains États et des chocs exogènes ainsi que les contre-performances du secteur secondaire ont limité la croissance à 3,4 %, en recul d'un point par rapport à 2005. La crise énergétique que connaissent certains pays, ainsi que les difficultés de la filière coton, ont affecté l'activité économique et nécessitent la mise en place de mesures spécifiques », soulignent les participants.
Quant à la croissance économique en zone Cemac, elle a « également décéléré pour s'établir à 3,3 %, en raison d'un taux de croissance négatif du secteur pétrolier, tandis que celui du secteur non pétrolier se maintenait à 4,4 %. En 2006, les finances publiques se sont de nouveau consolidées ».
Autre membre de la Zone franc : les Comores. Ce pays ne fait guère mieux que les deux blocs. Il affiche aussi en 2006 un ralentissement de l'activité économique avec un taux de crois­sance du PIB de 1,2 %, « en lien avec la crise de la filière vanille, la baisse de l'activité touristique et une dégradation des finances publiques, corrigée en fin d'année ».
Un bon point cependant pour les partisans du statu quo : la situation de l'inflation dans la Zone franc reste meilleure que celle enregistrée par l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, avec un taux d'inflation global de 3,4 % en 2006 contre 4,4 % l'année précédente. Pris bloc par bloc, les nouvelles en provenance du front de l'inflation ne sont pas les mêmes. Les tensions inflationnistes qu'a connues par exemple le bloc Uemoa (huit pays d'Afrique de l'Ouest) en 2005 se sont apaisées, le niveau général des prix progressant de 2,3 % en 2006 contre 4,3 % en 2005. En revanche, des tensions inflationnistes (5,2 %) ont réap­paru dans les six pays du bloc Cemac (Afrique centrale).

Manque de convergence

Autre question : le respect ou plutôt le non-respect des critères de convergence. En effet,
« après avoir pris connaissance du rapport semestriel du Comité de convergence, les ministres ont constaté que la convergence a été insuffisante en 2006, un seul État respectant l'ensemble des critères de premier rang. Ils ont en conséquence réaffirmé le caractère indispensable d'une conver­gence au sein d'une zone monétaire et se sont engagés à renforcer les moyens de la surveillance multilatérale ».
Avant de se rendre aux assemblées de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale (les 14 et 15 avril) à Washington, les ministres des Finances se sont montrés optimistes pour 2007, ayant constaté les signes d'une reprise. D'autant que l'accord conclu entre les protagonistes de la crise ivoirienne pourrait s'il est bien appliqué contribuer à un regain de croissance en zone Uemoa. Les grands argentiers ont toutefois « réaffirmé leur détermination à mettre en œuvre des politiques ambitieuses afin d'élever le potentiel de croissance de la Zone, contribuant ainsi à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement à l'horizon 2015. »
François Katendi, envoyé spécial à Lomé

 

Les diamants en ligne de mire
(30/03/2007)

Lors de la présentation, Alberto Calderon a également déclaré que BHP Billiton chercherait à étendre ses positions sur le marché mondial du diamant, dont les perspectives sont à moyen terme, « les plus prometteuses de tout le secteur minier », selon le haut responsable de la compagnie australienne. BHP compte donc aller « chasser le diamant », partout où cela est possible , à commencer par l'Afrique. « 60 % de la production mondial de diamant vient aujourd'hui de ce continent et selon nos experts cette proportion va croître significativement dans les prochaines années », a affirmé Alberto Calderon. BHP a donc prévu d'investir rapidement en Afrique, près de la moitié des € 150 millions dédiés chaque année par la compagnie en matière d'exploration diamantifère. Cible privilégiée de BHP, les provinces du Kasaï-Occidental et Oriental en RD Congo et celle du Lunda-Norte en Angola, où la compagnie ne possède pour l'instant que trois mines en production. Un chiffre qui pourrait très vite augmenter, puisqu'une centaine d'opérations d'exploration ont déjà été lancées des deux côtes de la frontière par le géant minier et ses associés.

Vers une amélioration de l'acheminement du courrier
(30/03/2007)

A l'initiative de l'Union panafricaine des postes (Llpap) et de l'Union postale universelle (Upu), une vingtaine d'experts des sociétés des postes de six pays de la Cedeao (Bénin, Burkina Faso, Chana, Niger, Nigeria et Togo) se sont réunis les 6 et 7 mars à Lomé, en vue d'examiner la mise en œuvre du projet du transport du Courrier postal par voie terrestre dans la sous-région. Ils ont décidé à l'issue de leurs travaux de créer un comité régional de contact constitué d'agents de poste et de douane et de policiers. Ce comité devra favoriser l'acheminement du courrier dans tous les pays qui se trouvent sur l'axe Lagos-Abidjan à compter du 16 avril. C'est à cette date que démarrera ce projet dont le principal objectif est d'améliorer la qualité des services postaux dans la zone Cedeao par la réduction du délai de transmission du courrier postal.
Etonam Akakpo-Ahianyo
 

DÉVELOPPEMENT AGRICOLE UNE NOUVELLE CHANCE POUR L'AFRIQUE
(23/03/2007)

L'Afrique est passée à côté de la révolution verte. Conditions climatiques aléatoires, fragilité des sols, faible introduction du progrès technique, accès insuffisant au crédit, inadaptation du droit foncier... tous ces facteurs ont conduit à la stagnation de la production et à une baisse de la productivité agricole en Afrique. Redonner la priorité à l'agriculture en matière de politique économique et mettre l'accent sur l'apport scientifique et la vulgarisation font partie des pistes à suivre.
L'agriculture sur le continent africain représente toujours plus de 57 % de l'emploi, 17 % du produit intérieur brut et 11 % des recettes d'exportation. Et pourtant, le secteur ne parvient pas à remplir sa mission première : nourrir la population. « Parmi toutes les régions en développement, l'Afrique seule est passée à côté de la révolution verte des années 1970 et 1980 », rappelait récemment Jeffrey Sachs, économiste et directeur de l'Institut de la terre de l'université de Columbia, et Pedro Sanchez, directeur du programme d'agriculture tropicale de l'Institut de la terre.
En Asie, l'environnement économique a favorisé la diffusion de la révolution verte d'autant qu'elle était appuyée par une forte volonté politique dont l'objectif était d'assurer la sécurité alimentaire. L'existence d'une industrie de base produisant des engrais et la possibilité, dans une certaine mesure, d'accéder aux crédits ont permis l'adoption du progrès technique dans l'agriculture. « Ainsi, l'amélioration de la productivité du travail et des rendements se sont traduits par une augmentation des revenus des paysans qui ont alors été en mesure de constituer un marché pour les produits de la ville. Un cercle vertueux s'engage. Le marché des zones rurales s'élargit, et celui des zones urbaines bénéficie de prix stables », commente Philippe Hugon, professeur émérite d'économie à l'université Paris X Nanterre.

Favoriser l'acumulation

« Le développement se fait sur la base d'un processus accumulatif. D'abord par une accumulation du capital, qui se traduit par une hausse de l'investissement privé et public dans le système productif. À cela s'ajoute une accumulation dans le domaine du progrès technique, qui permet un gain de productivité. Ce progrès technique est la conséquence d'une éducation plus large à laquelle accède une pan croissante de la population. Le développement se fait aussi sur la base d'un changement de structure de l'économie qui se manifeste par une amélioration de l'ensemble du secteur productif », commente Habib Ouane, directeur du département Afrique et PMA (pays les moins avancés) à la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced).
En Asie, ce processus s'est en­clenché à partir de la révolution verte. L'augmentation de la va­leur ajoutée et de la productivité de la main d'œuvre dans l'agriculture a créé des surplus financiers qui ont été investis dans les autres secteurs de l'économie. « Cela a entraîné une croissance vertueuse car durable, non soumise aux aléas de la conjoncture ou du climat. Cette croissance s'est aussi traduite par une baisse graduelle de la pauvreté à travers la création d'emplois productifs dans les différents secteurs de l'économie. Cela a créé une performance économique saine de ces pays d'Asie du Sud-Est et de l'Inde », poursuit-il. Outres les mauvaises conditions climatiques et la fragilité des sols, des facteurs économiques expliquent le fait que l'Afrique soit passée à côté de la révolution verte. Pour Habib Ouane, « le facteur technologique n'a pas imprégné le tissu productif africain, or il est au cœur de la révolution verte. En effet, la réorientation de l'aide vers les facteurs sociaux (santé et éducation) ces vingt dernières années, au détriment des secteurs productifs et en particulier de l'agriculture, n'a pas stimulé le développement économique. La baisse de 40 % de l'aide au secteur agricole conjuguée au déficit technologique a abouti à l'incapacité du continent à réaliser sa révolution verte. »
Dans nombre de pays africains la pauvreté ne diminue pas malgré une croissance de l'ordre de 5 à 6 % depuis plusieurs années, bien supérieure à celle enregistrée par les pays de l'OCDE. « La qualité de la croissance axée exclusivement sur les produits primaires bruts, donc avec un faible degré de transformation sur place, n'a pas abouti à une création d'emploi en nombre suffisant. La production et les exportations restent à l'état brut, sans effet d'entraînement sur le reste de l'économie nationale », explique Habib Ouane.

Effet d'entraînement

En Asie, la hausse de la productivité du travail dans l'agriculture a alimenté de manière positive l'exode rural. Cette main d'œuvre est partie chercher du travail dans les villes, dans le secteur manufacturier, industriel ou dans le tertiaire. En revanche, en Afrique, la baisse de la productivité agricole a été exacerbée par l'incapacité du secteur manufacturier et des services à créer des emplois en nombre suffisant pour absorber le surplus de la main d'œuvre du monde rural. « Or, pour la première fois de son histoire, le continent est confronté à une transition de l'emploi : l'augmentation de la population qui cherche du travail hors agriculture devient plus forte que l'augmentation de la population qui recherche un travail dans le monde rural », constate Habib Ouane. Cette transition de l'emploi, qui a lieu au cours de la décennie 2000-2010, a pour conséquence directe l'augmentation du chômage en milieu urbain qui pousse de plus en plus de jeunes sur les routes dangereuses de l'immigration clandestine.
D'autres facteurs économiques et sociaux expliquent l'échec de la révolution verte en Afrique Nombre de paysans interrogés évoquent le manque d'accès au crédit, pour financer les intrants et l'achat de matériel agricole. L'agriculture étant considérée comme une activité aléatoire et risquée, les institutions financières ne la financent qu'avec parcimonie. De plus, les paysans africains ne peuvent pas toujours engager leurs terres comme caution, n'étant pas propriétaire dans bien des cas. Le problème foncier reste ainsi un obstacle majeur. Alors que le statut de la terre est relativement bien défini dans les pays asiatiques (droit de propriété privé et location de la terre), il reste flou dans de nombreux pays africains, souvent fondé sur un droit coutumier et un usage communautaire. « Les structures de propriété et de possession des terres de la petite paysannerie, aux moyens extrêmement limités du point de vue de l'accès aux engrais, entravent le développement agricole. Nous sommes en Afrique dans un environnement à risque, où il est difficile de faire dans l'intensif », souligne Philippe Hugon. En effet une culture sur un mode
intensif comporte des risques plus élevés en terme d'investissements financiers (achat d'intrants, de matériel agricole...). Les agriculteurs préfèrent alors opter pour la diversification des cultures qui leur assure une meilleure sécurité alimentaire.

Partage des connaissances

À l'occasion d'une étude menée sur l'introduction de l'engrais à l'Ouest du Kenya, dans une région où l'autosuffisance alimentaire n'est pas atteinte, Esther Duflo, économiste au Massachusetts
Institut of Technologies, s'est posée la question de la diffusion de la connaissance. À sa surprise, les paysans n'ont pas partagé leurs connaissances avec leurs voisins sur les bénéfices apportés par l'utilisation d'urée. Pire, ils semblent ne rien connaître de l'activité des autres agriculteurs. « En Inde, où la révolution verte a été un succès, tout le monde sait tout sur tout le monde, et le partage de la connaissance se diffuse rapidement. Au Kenya, on tombe dans le piège de la pauvreté : l'innovation disparaît avant de se diffuser », a-t-elle constaté.
En Afrique australe, ce sont les ravages du VIH/sida dans les zones rurales qui déstabilisent l'ensemble de la production alimentaire. Les terres manquent de bras pour être cultivés et certains champs sont laissés à l'abandon. Les adultes n'ont plus le temps de transmettre leurs connaissances agraires. Les familles confrontées à une chute de leurs revenus, peinent à subvenir à leurs besoins, désinvestissent pour soigner les malades. La trappe à pauvreté se referme.

Une révolution verte réadaptée

Donner la priorité à l'agriculture est indispensable. Cela passe par la relance des politiques publiques agricoles sur la base d'incitations et la création d'un climat de sécurisation des investissements. Selon Habib Ouane, le développement agricole passe aussi par une intensification des activités de recherche et de développement. « Les services de vulgarisation, dont certains ont été démantelés dans le cadre de l'ajustement structurel, doivent être restaurés avec un meilleur encadrement des paysans », préconise-t-il.
« La croissance démographique relance le débat. Au­jourd'hui, il faut à la fois travailler sur une hausse des rendements par rapport à la hausse de la croissance de la population et en même temps préserver les écosystèmes fragiles et complexes », explique Philippe Hugon. Dans le même esprit, Jacques Diouf, directeur général de la PAO, a lancé en septembre 2006 un appel à une « deuxième révolution verte », qui permettrait de nourrir une population mondiale croissante tout en préservant les ressources naturelles et l'environnement. « Les investissements dans l'agriculture sont généralement faibles dans l'ordre des priorités des politiques qui sont d'ordinaire plus intéressés par la rentabilité à court terme », a-t-il affirmé.
Mais les signes d'un changement sont là. L'agriculture bénéficie d'un regain d'intérêt, tant du côté institutionnel que des ONG. L'annonce des fondations américaines, Rockefeller et Gates, d'investir  $150 millions pour mener une révolution verte en Afrique est une bonne nouvelle. Cependant, pour que ces financements soient porteurs de progrès, « il faut se rappeler que les changements doivent être portés par les acteurs, que les projets prennent compte de la complexité des paysanneries et que le milieu agricole soit capable d'absorber ces financements. Le problème : il faut faire du sur-mesure ! », prévient Philippe Hugon.
La Banque mondiale opère aussi un changement de cap. Son prochain rapport sur le développement sera consacré exclusivement à l'agriculture. « Les prêts de la Banque mondiale en faveur de l'agriculture et du développement rural, qui étaient en régression, viennent d'entamer le chemin inverse », a reconnu Jacques Diouf. Mais attention, il faut rester prudent, souffle Philippe Hugon. L'institution continue à prôner la libéralisation des marchés et les écarts de productivité agricole dans le monde sont de l'ordre de 1 à 100. « Sans un minimum de stabilité des prix, voire une protection douanière, cela revient au jeu du pot de terre contre le pot de fer », ajoute-t-il, dénonçant les subventions agricoles des pays développés. « Pour qu'une révolution verte réussisse en Afrique, il faut se pencher sur la question des subventions qui créent des obstacles à l'accumulation du capital et aux gains de productivité », renchérit Habib Ouane.

LA MICROFINANCE : UN OUTIL POUR LE DÉVELOPPEMENT AGRICOLE

« Je n'ai pas d'argent. » C'est [a réponse que font la plupart des paysans pour expliquer qu'ils n'utilisent pas d'engrais même s'ils ont constaté que cela était économiquement très avantageux, lors d'une étude menée dans l'Ouest du Kenya par Esther Duflo, économiste au Massachusetts Institut of Technologies. Ainsi, l'accès au crédit des paysans apparaît comme un des principaux freins au développement agricole. La microfinance est présentée comme un outil de développement des zones rurales avec le développement des expériences inspirées de la Banque des pauvres, la Grameen Bank de Muhammad Yunus au Bangladesh.

« La microfinance est essentielle pour que les paysans pauvres puissent investir plus et mieux dans le secteur agricole », affirme Hervé Lejeune, directeur général adjoint de la PAO, à l'occasion de la rencontre avec les acteurs du microcrédit, organisée par la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (Farm). Cette rencontre qui a eu lieu le 7 mars au Salon international de l'agriculture à Paris, a permis de présenter 5 cas de microfinance en zone rurale. Visiblement, en Ethiopie tout reste à faire, alors que Madagascar, avec les Caisses d'épargne et de crédit agricole mutuels, a développé un réseau qui dispose d'une offre très diversifiée de crédits (crédit bail, crédit grenier commun villageois pour les récoltes, etc.) et des produits d'épargne. Diverses voies de développement du microcrédit se profilent : baisse des taux d'intérêt, jugés souvent trop élevés ; amélioration de l'ac­cès aux services financiers ; adaptation aux spécificités des filières agricoles. Pour Esther Duflo, la difficulté à épargner est réelle. Les paysans subissent de fortes pressions de la part de l'entourage sur l'argent liquide et au moment où il faut acheter l'engrais, ils n'ont pas l'argent disponible. Les ri­chesses sont aussi stockées sous forme de production alimentaire mais, elles aussi, sont consommées relativement rapidement. « Dans le cas de l'agriculture, la microépargne est tout aussi importante que le microcrédit », conclut-elle.

Cependant, la microfinance ne reste qu'un outil. « Elle n'est pas une solution miracle au développement agricole », avance Philippe Hugon, professeur émérite d'économie à Paris X Nanterre. Les taux d'intérêt restent élevés et les organismes de microfinance ne sont pas toujours présents, surtout en milieu rural. « Certes, le microcrédit est une avancée mais cela ne marche pas toujours. Il faut aussi aider les coopératives de crédit en milieu rural et appuyer les associations villageoises qui sont des intermédiaires et des interlocuteurs essentiels vis-à-vis des systèmes financiers », ajoute M. Hugon. S.R.

Sylvie Rantrua

PEU D'AFRICAINS AU SALON DE L'AGRICULTURE
(23/03/2007)

Ivoiriens, Maliens, Sénégalais... en dehors de l'Afrique de l'Ouest, le continent est absent.
Cette année, 27 personnes présentent des produits ivoiriens. À côté des produits traditionnels comme le café et le cacao, les Ivoiriens ont dé­cidé de mettre en valeur leur production halieutique, et notamment le thon. Deux conserveries ivoiriennes, Pêche et Froid CI et Castelli CI, qui exportent vers l'Union européenne, font passer le message auprès du grand public, avec dégustation à l'appui. Parmi les produits ivoiriens mis en avant, outre les cuirs et peaux, le coton. Un producteur du réseau coopératif Urecos, installé au Nord du pays, reconnaît que le secteur est en crise : « Depuis le déclenchement de la crise ivoirienne, les rendements ont été divisés par deux. » Pour la pre­mière fois, la Côte d'Ivoire présente aussi des escargots géants issus d'un élevage. Succès assuré pour le stand. Mais pour un marché européen, ça sera plus difficile.
Un peu plus loin, sur l'espace dédié au Mali, on peut acheter des mangues. Le pays présente aussi
son produit-phare, le coton, ainsi que ses produits dérivés : huile, savon, aliment pour bétail. Pour leur part, les représentants du ministère malien de l'Agriculture se réjouissent de la qualité des contacts avec des officiels (ministres de l'Agriculture des pays voisins et des pays européens, députés français...). Sur l'espace réservé au Sénégal, à côté de l'Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) qui présente des variétés de céréales sélectionnées et des vaccins pour les plantes, on trouve Suneor, ex-Sonacos privatisée en 2005. Producteur d'huile d'arachide, l'entreprise est venue faire campagne auprès des consommateurs et pour combattre les fausses idées d'une huile qui donne du cholestérol. Mais c'est le stand de Marie-Claude Tall, commerçante à Château Rouge dans le 18e arrondissement de Paris, qui remporte le plus de succès. Jus de bissap, tisanes et beurre d'arachide s'arrachent !
Du côté de l'espace bovin, Ballo Mamadou, éleveur togolais, est venu s'informer et prendre des
contacts. En projet, l'insémination artificielle pour améliorer la qualité de ses vaches laitières. Il pense aussi investir dans du matériel semi-industriel pour la production laitière.
Sylvie Rantrua



 

AlDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT
 PETITS ARTIFICES COMPTABLES ENTRE AMIS

(09/03/2007)

En volume total, l'aide augmente. Mais à l'approche de l'échéance des ambitieux Objectifs du millénaire (OMD) en 2015, un autre indicateur est lui aussi à la hausse : celui de la tentation des États...

AFRIQUE DE L'OUEST : BILAN SATISFAISANT POUR LA BRVM
(09/03/2007)

Résultat globalement positif, capitalisation et transactions en hausse : la Bourse régionale des valeurs mobilières a connu une année 2006 favorable.
La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a enregistré des résultats ...

Relance du gazoduc régional
(09/03/2007)

Le Comité des ministres de l'Énergie des quatre pays (Bénin, Togo, Ghana et Nigeria) impliqués dans la réalisation du gazoduc de l'Afrique de l'Ouest (Gao) s'est réuni le 12 février à Cotonou. Et ce pour identifier les obstacles qui retardent la phase de construction...

PERTURBATIONS CHINOISES
(24/02/2007)

Trop laxistes, les prêts chinois en Afrique ? C'est en tous cas la critique sous-jacente de la Banque européenne d'investissement, qui répercute au niveau des banques les reproches adressés à la politique de coopération chinoise...

LES ÉMIGRÉS, ACTEURS MAJEURS DU DÉVELOPPEMENT
(12/02/2007)

Les migrants qui ont quitté des pays en développement contribuent sans conteste à réduire la pauvreté dans leur pays d'origine. Passés au crible, ces transferts réservent quelques surprises qui éclairent le débat actuel sur le codéveloppement...

DAVOS CONCURRENCE NAIROBI...
( 05/02/2007 )
À l'heure des bilans du forum économique de Davos et du forum social de Nairobi, deux visions s'affrontent. Les optimistes voient dans les préoccupations climatiques et les débats sur la relance du cycle de Doha le signe que les sans-voix ont été ...

Nouvelles mesures de protection des stocks
(05/02/2007)

Les nations dont les flottes sillonnent régulièrement les eaux de la Méditerranée ont convenu d'une série de nouvelles mesures visant à conserver les stocks de poisson de la région, a déclaré la FAO le 16 janvier. Les mesures ont été adoptées à l'issue de la réunion annuelle...

L'Afrique centrale se dote d'une feuille de route
(29/01/2007)

Comme prévu lors de la conférence sous-régionale des ministres de l'Industrie de l'Afrique centrale qui s'est tenue en décembre à Yaoundé, les États membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) s'engagent à harmoniser leurs ...

LES ÉCHANGES S'INTENSIFIENT ET SE DIVERSIFIENT ENTRE L'INDE ET L'AFRIQUE

( 22/01/2007 )

L'Inde devient un partenaire économique incontournable pour l'Afrique. Au delà de son impératif besoin de se fournir en matières premières, sa stratégie de diversification sectorielle pourrait insuffler à l'Afrique une nouvelle énergie...

chine-afrique [ IDYLLE SE POURSUIT ]
(15/01/2007)

La Chine mène ces dernières années une grande offensive diplomatique et économique en Afrique où elle a envoyé du 1er au 8 janvier le chef de sa diplomatie pour la tournée traditionnelle.
Habituellement, la diplomatie chinoise ouvre l'année par un déplacement en Afrique...

ANNEE DE LA MICROFINANCE EN AFRIQUE
(09/01/2007)

Les Nations unies avaient choisi 2005 comme année du microcrédit, jugeant l'outil financier utile dans la course aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). En 2006, le comité Nobel enfonce le clou, en décernant le prix Nobel de la paix pour moitié à...

Une ligne de crédit de Proparco pour la BOAD
(09/01/2007)

La société de Promotion et de participation pour la coopération économique (Proparco) a octroyé le 14 décembre un crédit de FCFA 9,8 milliards a la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Cette ligne de crédit dont la signature a eu lieu...

LA SFI VALORISE LE FRANC CFA
(09/01/2007)

C'est une première ! La Société financière internationale (SFI), une branche de la Banque mondiale spécialisée dans le financement du secteur privé, a réalisé en décembre sa première émission d'obligations en monnaie locale en Afrique subsaharienne....

 

TRANSPORT AÉRIEN : L'ATTRAIT DU MARCHÉ AFRICAIN
(09/01/2007)

L'heure est plus que jamais à la concurrence en Afrique. Delta Air Lines, la compagnie américaine, propose depuis le 4 décembre des vols entre Johannesburg, Dakar et Atlanta et depuis le 11 décembre entre New York et Accra. Les Africains ne sont pas en reste...

LA CHINE A FAIM DE MATIÈRES AFRICAINES
(09/01/2007)

La hausse mondiale de la demande en matières premières a renforcé la concurrence que se livrent les pays consommateurs pour accéder aux ressources. Et à ce jeu là, c'est la Chine qui sort du lot. L'économie qui croît le plus fortement au monde avait besoin de trouver des ressources énergétiques et minérales rapidement et à moindre coût...

LE RÉVEIL DES PRODUITS AGRICOLE
(09/01/2007)

Un a assisté en 2006 au réveil des agricoles, avec des progressions marquées pour certains d'entre eux. C'est le cas des céréales, dont les prix se sont élancés à un plus haut de dix ans. Car on ne se contente plus de les manger : on en fait des produits de substitution ...

LES PARADOXES AFRICAINS
(25/12/2006)

Le dernier Baromètre mondial de la corruption (BMC) de Transparency International (TI) place encore une fois l'Afrique en queue de peloton. Néanmoins les résultats laissent aussi apparaître des surprises :...

KOFFI DJONDO : « LE CIEL AFRICAIN DOIT ÊTRE PARTAGÉ DE MANIÈRE JUSTE »
(18/12/2006)

l'ancien ministre togolais des Entreprises publiques, de l'industrie et de la privatisation est aujourd'hui à la tête de la Société de promotion d'une compagnie aérienne régionale (SP-Car), une structure (fui pilote le projet de création d'une compagnie aérienne en Afrique de l'Ouest. Le champ laissé libre par la défunte ...
 

LES QUESTIONS MIGRATOIRES AU CŒUR DU DÉVELOPPEMENT
(04/12/2006)

La rencontre de Tripoli aura permis de mettre à plat les divergences de vues entre Afrique et Europe sur la question de l'immigration. Une chose est sûre : la question migratoire est désormais solidement inscrite au cœur des politiques de coopération....

Arrivée de la low-cost d'Air France-KLM
(04/12/2006)

Air France-KLM lancera, pour un investissement de l'ordre de € 20 millions, une « compagnie régulière à vocation touristique » sur plusieurs destinations loisirs moyen-courriers au départ de la France dès le printemps 2007. « Le modèle économique particulier (mélange de vols réguliers et non réguliers)...


Réunion sur l'assurance des catastrophes naturelles
(27/11/2006)

Le Centre africain des risques catastrophiques (CARC) a organisé les 13 et 14 novembre une conférence à Casablanca. Face à l'amplification des catastrophes naturelles ces dernières années, le centre veut souligner « la nécessité de mettre en place des régimes obligatoires d'assurance pour faire face aux dommages ...

La Bceao modernise
(27/11/2006)

La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) a mis en place de nouveaux systèmes de paiement valables dans la zone Union économique et monétaire ouest-africaine (Ue-moa). Ceux-ci tournent autours du Système de transfert automatisé et de règlement (Star), du Système interbancaire de ...

MAIN BASSE SUR L'AFRIQUE PAR LA CHINE  ?
(13/11/2006)

Le 3e forum Chine-Afrique, qui s'est achevé le 5 novembre à Pékin (Beijing), a été l'occasion d'une véritable démonstration de force des autorités chinoises. Avec des échanges et des investissements en constante hausse, la Chine s'installe définitivement comme un partenaire incontournable. Attirée par les matières premières...

LES AFRICAINS SE CREUSENT LA TÊTE
(13/11/2006)

Un an après le sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) qui a eu lieu en Tunisie, le pays a accueilli les 26 et 27 oc­tobre une réunion panafricaine : « ICT4AII Tunis+1 ». Un forum destiné à faire le bilan des investissements effectués en Afrique un an après le sommet mondial. Une façon de rappeler que les grands discours doivent être suivis de faits...