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L'AFRIQUE, NOUVEAU TERRAIN POUR LES CHASSEURS DE TETES
(01/03/2008)
Depuis quelques années, l'Afrique est devenue un réel marché pour les
chasseurs de têtes. Pour recruter leurs dirigeants, les multinationales et
les grandes entreprises qui travaillent sur le continent font souvent appel
à de grands cabinets spécialisés. Au niveau local, le foisonnement des
petites structures, pas toujours très professionnelles, complique la tâche
des sociétés qui souhaitent confier leur recrutement à des spécialistes.
Les cabinets de recrutement foisonnent en Afrique. Du plus gros Michael Page
a ouvert un département Afrique en 2006 aux plus petits, très nombreux.
Tous sont des chasseurs de têtes, mais ils ne chassent pas les mêmes
profils. Théoriquement, le choix qui s'offre aux sociétés qui souhaiteraient
recourir à un cabinet de recrutement est pléthorique. En y regardant de plus
près, on observe une certaine segmentation du marché. Ainsi, Michael Page se
positionne sur le haut du marché de l'emploi. Ses missions: chasser le «top
management» pour des sociétés multinationales ou des filiales africaines
d'entreprises nationales. AfricSearch, basé à Paris avec des bureaux en
Afrique et à Washington, travaille pour le même type de sociétés, mais se
positionne plus sur les jeunes diplômés et les cadres juniors. Les cabinets
locaux répondent aux besoins exprimés par les entreprises sur le terrain et
recruteront aussi bien des cadres locaux expérimentés et des jeunes
diplômés que des employés. Mais bien sûr, il n'est pas interdit pour les uns
et les autres d'aller croquer dans la niche du voisin.
«Une démarche audacieuse»
À ce jour, Michael Page reste le seul cabinet international à véritablement
miser sur le continent en ouvrant un département Afrique en 2006. « Notre
sentiment était qù'il y avait un marché, mais notre démarche avait un
caractère expérimental et audacieux", souligne Paul Mercier, directeur
exécutif de Michael Page Africa. La décision de créer ce département n'a pas
été inspirée par la demande des clients traditionnels du cabinet, mais par
cette réflexion: Il Nous pensions que si l'on parvenait à massifier et
centraliser les demandes et à répondre à toutes les questions de
recrutement, alors on pouvait atteindre une masse critique. Aujourd'hui nous
sommes présents dans 25 pays, mais aussi en Afrique ".
Depuis 2006, l'équipe s'est étoffée, avec une dizaine de consultants basés à
Paris. Il faut dire que ce cabinet britannique a choisi de développer son
pôle Europe puis Afrique à partir de la France. Un bureau a été ouvert en
2006 en Afrique du Sud et avec environ 14 consultants, c'est déjà l'un des
tout premiers du pays. « Le marché domestique se prête au développement et
le cabinet se fond bien dans le paysage grâce à sa culture anglo-saxonne ",
souligne Paul Mercier, satisfait de la croissance de l'activité du
département qui a doublé entre janvier 2008 et janvier 2007. Pour le
moment, Michael Page n'a pas prévu d'ouvrir d'autre bureau en Afrique; en
revanche, le cabinet s'appuie sur des locaux à sa disposition à Casablanca,
Alger et au Caire. « Le marché en Afrique du Nord, qui présente le rapport
expatriés/locaux le plus équilibré, justifie cette présence ", avance Paul
Mercier.
Michael Page ne cherche pas à dénicher ses
principaux clients parmi les entreprises françaises qui travaillent en
Afrique. Ces dernières, souvent implantées depuis des années, ont leurs
propres réseaux. En revanche, une société britannique ou espagnole peut
avoir besoin de ses services. Michael Page intervient bien sûr dans les
économies pétrolières, de l'Algérie à l'Angola en passant par le Gabon et le
Nigeria, mais aussi de plus en plus dans les pays où se développe une classe
moyenne comme le Maroc, la Tunisie, l'Égypte, sans oublier le Ghana, le
Sénégal et le Cameroun. « En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, nous espérons
que la situation se normalise rapidement ", ajoute-t-il. Et il n'est pas le
seul à attendre le retour du pays sur le marché ... AfricSearch a réalisé
jusqu'en 2002 une bonne part de son chiffre d'affaires en Côte d'Ivoire.
L'Afrique du Sud recrute chez ses voisins
« Pour des pays miniers d'Afrique australe comme la Namibie et le Botswana,
la logique de dépendance par rapport à l'Afrique du Sud demeure ", analyse
Paul Mercier. Bien sûr la proximité géographique joue. Les compagnies
minières sud-africaines, et notamment De Beers, jouissent d'une forte
présence dans les pays voisins et vont y recruter des employés compétents.
Et ce, d'autant plus facilement « qu'une forte pression s'exerce sur les
blancs sud-africains à cause de la politique du Black Economie Empowerment
(BEE) ", fait observer Paul Mercier. Les Sud-Africains n'hésitent pas non
plus à s'envoler pour le Golfe Persique, voire le Soudan, des régions
attirantes, notamment dans le secteur médical ou pétrolier.
Ces dernières années, l'Afrique a bénéficié d'un flux important de capitaux
dans le secteur des infrastructures et des mines. « Nous observons une
véritable tendance d'investissements panafricains et notamment sud-africains
vers l'Afrique de l'Ouest, avec des mouvements de recrutement, car les
Sud-Africains n'ont pas le bagage linguistique ", souligne Paul Mercier qui
note aussi la présence d'investisseurs espagnols en Afrique de l'Ouest, à la
recherche de cadres francophones. Cependant, si le continent bénéficie
aujourd'hui du boom des matières premières et d'une bonne croissance
économique, ce n'était pas le cas en 1996, lorsque Didier Acouetey lançait
son cabinet AfricSearch, premier cabinet de chasseurs de têtes parisien
dédié à l'Afrique. Depuis le cabinet a grossi et réalise environ 500
recrutements sur le continent avec des bureaux à Dakar, Cotonou,
Johannesburg et Washington. Les clients sont à 90 % des multinationales,
présentes plus particulièrement dans les secteurs de la téléphonie mobile,
de la banque, des boissons gazeuses ou encore des cigarettes.
« Quatre-vingt pour cent des diplômés africains vivant en Europe sont prêts
à rentrer s'ils rencontrent une belle opportunité », assure Didier Acouetey.
Encore faut-il préciser: à salaire équivalent à celui pratiqué en France et
avec la perspective d'une carrière dans un groupe international, ce qui
limite les opportunités. Pour autant, AfricSearch a pu se développer en
profitant d'une conjoncture favorable au recrutement de cadres africains:
le coût prohibitif de l'expatriation, la politique d'africanisation du
personnel menée par les sociétés occidentales opérant sur le continent noir,
et le nombre croissant d'étudiants africains de haut niveau sans espoir de
régularisation en Europe. « En Europe et en France, les Africains qui
souffrent de discrimination ou du fameux plafond de verre [obstacle
invisible empêchant les minorités d'accéder à des fonctions supérieures,
ndlr) peuvent être tentés par le retour. Et pour les entreprises,
l'opération peut être avantageuse: elle embauche un cadre qui connaît bien
le marché local et la culture du pays et dépense moins que pour un expatrié
qui aura en plus le désavantage de ne pas s'inscrire dans la durée ",
souligne Andréa Kingue d'AfricSearch.
Cependant, tout n'est pas aussi simple. « Ces
compétences, quand elles existent, doivent être rémunérées et l'entreprise
doit mpntrer des gages de bonne gouvernance. Les multinationales petwent les
apporter et dans les salons sur l'emploi en Afrique, seule une vingtaine
d'entreprises se donnent les moyens d'offrir de bonnes conditions. En
revanche, pour les entreprises locales, à capitaux familiaux, cela est
beaucoup plus difficile », note Paul Mercier. Il pointe aussi le « manque de
culture d'intégration des talents et l'absence de système de formation
continue en Algérie, où il est très difficile de convaincre un Algérien de
venir travailler dans son pays, sauf pour une multinationale ". Les
Africains de la diaspora se disent prêts au retour, mais on oublie souvent
d'évoquer les conditions de ce retour. Un « vrai non-dit », affirme Paul
Mercier. « De très bons professionnels nous sollicitent, mais nous sommes
loin d'avoir toujours une opportunité à leur proposer », explique-t-il.
« Il y a une dizaine d'années, on trouvait encore l'essentiel des
compétences hors du continent. Mais les choses ont beaucoup évolué ",
analyse Didier Acouetey dans le magazine Continental. Mais aujourd'hui,
grâce entre autres aux retours au pays, aux contacts entre diasporas et
nationaux, et au progrès dans la formation locale et dans l'accès aux
connaissances, « nous recrutons de plus en plus de personnes qualifiées sur
place ", poursuit-il.
Retourner au pays,
mais pas à n'importe quel prix
Il reste cependant quelques secteurs déficitaires: des cadres en marketing,
ressources humaines et en communication, ou en gestion financière un peu
sophistiquée. Le secteur des télécoms semble ainsi réellement sous-tension.
Au Sénégal, impossible de trouver un ingénieur télécoms sans le débaucher.
Eco Afrique, un cabinet basé à Dakar, raconte que pour une opération de
recrutement, il est allé chercher les candidats en Grande-Bretagne, aux
ÉtatsUnis, en France et en Russie. Et pour les débaucher, les sociétés
doivent être prêtes à y mettre les moyens. Même si ces cadres ont envie de
rentrer dans leur pays, ils ne le font pas sans de bonnes garanties. « À
Dakar, la location d'une maison est élevée, l'achat d'une voiture ... tout
cela est cher », souligne Yvette Gaye, responsable administrative d'Eco
Afrique. Paul Mercier évoque une mission difficile dans le domaine des
télécoms : « trouver un DG au Nigeria sans se limiter à un Britannique. Nous
avons suscité suffisamment d'intérêt pour qu'un Indien expatrié à Chicago
prenne ce poste à Lagos. Notre client nigérian a également su se donner les
moyens pour le convaicre de l'intérêt du projet: exercer une activité en
abolissant les frontières, tout en découvrant d'autres cultures et en
apportant une vraie contribution grâce à ses compétences. »
Pour l'entreprise qui cherche à s'offrir les services d'un cabinet de
recrutement, il lui faudra trier le bon grain de l'ivraie parmi une offre
pléthorique. La réponse d'Ibrahim Cissé, à la tête d'lBC Consulting, à la
question sur le nombre de cabinets de recrutement qui se partagent le marché
à Ouagadougou, n'est pas feinte: « N'importe quel cabinet qui se crée se
baptise cabinet de recrutement ". M. Cissé qualifie même le marché de «
compliqué». Des cabinets comptables n'hésitent pas à se « vendre » comme
recruteurs, et s'il reconnaît qu'il existe quelques concurrents de valeur,
«beaucoup d'entre eux ne sont que des agences de placement ... pour des
amis, et ne réalisent pas un véritable travail de fond ».
Du fait de cette multitude de cabinets de recrutement et de cette
concurrence anarchique, « le marché est obscur et les entreprises se méfient
», souligne-t-il. Du coup, il est plus difficile de gagner la confiance des
sociétés voire des candidats potentiels. Cela relève d'un travail de longue
haleine. Un sentiment que partage Yvette
Gaye, à Dakar: « Certaines entreprises ont peur d'être roulées et
lorsqu'elles sont passées auparavant par d'autres cabinets peu sérieux, cela
prend du temps pour construire une relation de confiance», constate-t-elle.
Elle reconnaît aussi que la concurrence entre cabinets de recrutement tire
les prix vers le bas. « La commission peut baisser de 15 % par rapport à ce
que nous pratiquions. Parfois, on propose aussi un forfait », ajoute-t-elle.
Elle se dit aussi surprise de la mauvaise connaissance du marché de l'emploi
des grandes sociétés qui s'implantent au Sénégal et qui s'imaginent recruter
des perles rares pour des salaires extrêmement faibles. DP World recherchait
ainsi une assistante bilingue avec un peu d'expérience à FCFA 200 000
(environ € 300). Or, à la sortie de l'école, le salaire d'embauche est de
FCFA 350000. Mais Mm, Gaye a sa méthode pour convaincre. Le service du
recrutement étant garanti, elle propose d'abord des candidats qui veulent
bien travailler au salaire indiqué par la société. À ce prix, l'assistante
ne sera pas bilingue, mais se débrouillera en anglais. En général, tout
rentre dans l'ordre. La société rentre dans les prix du marché du travail
sénégalais et le cabinet peut lui proposer un candidat correspondant au
profil recherché.
Sylvie Rantrua
LA PRODUCTION D'HUILE DE PALME
EN SURCHAUFFE
(11/02/2008)
La production mondiale d'huile de palme,
pourtant en forte augmentation, ne parvient pas à suivre le rythme de la
demande, ce qui entraîne une tension sur les cours. L'Afrique, importatrice
nette, dispose de peu de marges de manœuvre pour augmenter sa propre
production.
comme son nom l'indique, l'Elaeis guineensis, le palmier utilisé pour
produire de l'huile de palme, est originaire du golfe de Guinée en Afrique
de l'Ouest. Pourtant, la forte hausse des cours de l'huile ne constitue pas
une bonne nouvelle pour le continent. Les premiers pays producteurs se
trouvent désormais en Asie du Sud-Est, et l'Afrique est importatrice nette.
Si les cours sont particulièrement tendus aujourd'hui, c'est en partie à
cause des inondations qui ont touché les zones productrices en Malaisie,
premier producteur et premier exportateur . Mais la tendance forte à la
hausse de ces dernières années repose sur une augmentation constante de la
demande que la production, qui a pourtant quasiment doublé en une dizaine
d'années, ne parvient pas à satisfaire, La grande majorité de la
consommation (les quatre cinquièmes environ) est à usage alimentaire.
L'essentiel du reste prend la direction de l'industrie. L'oléo-chimie
utilise l'huile palmiste pour des produits cosmétiques tels que le rouge à
lèvres, les déodorants, mais aussi des peintures et des laques, ou pour la
fabrication de collants...
C'est dans ce contexte déjà tendu que vient s'ajouter la problématique des
agrocarburants,
qui crée une bulle sur les marchés, « Avec les annonces faites sur
l'utilisation d'agrocarburants, il faudrait encore doubler la production
d'ici à 2050 , souligne Hubert Omont, chercheur au Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Avec
un bémol néanmoins: l'huile de palme ne serait pas la meilleure car elle
fige à froid. Mais les Malais semblent avoir trouvé un procédé pour adapter
leur produit d'exportation stratégique à la nouvelle demande énergétique.
L'huile la plus échangée au monde
La production n'est pas extensible à l'infini. Une hausse ne peut jouer que
sur deux tableaux. La sélection d'espèces pour améliorer la productivité
n'offre pas de gain énorme. C'est donc surtout l'extension des surfaces
cultivées qui a permis la hausse remarquable de production de ces dernières
années. Car si la production mondiale, toutes huiles confondues, a augmenté
de 88 % entre 1991 et 2007, celle d'huile de palme a été plus rapide. Alors
qu'elle ne représentait que 14 % de la production mondiale, elle en atteint
désormais le quart. L'huile de palme est aujourd'hui
la plus échangée au monde: elle représente 42 % des échanges en 1998, contre
24 % pour l'huile de soja, 11 % pour le tournesol et G,5 % pour l'huile de
coprah et de colza,
La Malaisie et l'Indonésie sont les principaux artisans de cette
augmentation spectaculaire. À eux seuls, les deux voisins asiatiques
représentent pas moins de 90 % de la production. Avec une différence notable
entre les deux: si l'Indonésie consomme la majeure partie de ce qu'elle
produit, la Malaisie en exporte la quasitotalité, Ainsi, en 2004, sur 14
millions de tonnes de produites en a-t-elle exporté 12,2 millions, Si à ces
deux géants on ajoute la Thaïlande qui est (certes loin derrière) le
quatrième producteur mondial, on voit que l'Asie du Sud-Est a su faire
sienne une culture originaire du continent africain.
L'Afrique, quant à elle, s'est laissée distancer. Elle représentait 20 % du
commerce mondial des corps gras dans les années 60, Elle ne compte désormais
plus que pour 1,5 %. En termes de production d'huile de palme, ses
statistiques sont légèrement meilleures, puisqu'elle compte pour 8 % de la
production. Chiffre qui reste systématiquement sous-évalué: le palmier à
huile est une culture traditionnelle en Afrique. Il existe dans tous les
pays du golfe de Guinée une exploitation artisanale impossible à quantifier,
à partir de laquelle l'huile est vendue localement.
Les pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao)
concentrent 83 % de la production du continent, pour 93 % des surfaces. Et
au sein de la Cedeao, le Nigeria fait office de géant, assurant 59 % de la
production de la région. Les autres pays qui ont un poids dans la filière
sont la Côte d'Ivoire, le Ghana et, dans une moindre mesure, le Bénin. Mais
tous font face à une demande locale supérieure à l'offre, Si bien que le
renchérissement des prix sur les marchés mondiaux représente une facture
pour les importations, Le Nigeria a d'ailleurs décidé d'interdire purement
et simplement les importations d'huile de palme. Mais l'impact de la mesure
n'est que politique: il entrerait dans les pays du golfe de Guinée quelque 2
millions de tonnes d'huile malaisienne qui échapperaient aux statistiques.
Une bonne partie de cette huile est à destination du Nigeria.
L'autre réponse naturelle consiste tout simplement à doper la production
locale. Encore faut-il pouvoir le faire. Le Nigeria est le seul pays pouvant
augmenter sa superficie. Mais les zones de culture du palmier sont densément
peuplées, et il s'agira d'une évolution délicate. Le gouvernement nigérian a
annoncé récemment le développement de pas moins de 2 millions d'hectares de
plantation mais on attend toujours de voir l'application de cette
mesure. L'arrivée d'investisseurs asiatiques, alertés par des gains
potentiels en ces temps de cours élevés, pourrait néanmoins favoriser
l'essor des plantations, au Bénin notamment où la Malaisie est arrivée en
force au cours des deux dernières années. Des gains de productivité restent
également possibles, au Nigeria mais surtout en Côte d'Ivoire, où les
plantations commencent à vieillir. Extension des cultures ou gains de
productivité, de toute façon cela ne suffira pas à combler le déficit face à
la production. L'Afrique devra continuer à importer une huile dont les prix
ne cessent d'augmenter depuis bientôt deux ans .
Une menace pour l'environnement?
Cette contrainte sur l'extension des cultures ne va pas faire que des
malheureux. Des associations écologistes militent pour freiner l'expansion
du palmier à huile car elle serait néfaste pour l'environnement. Au point où
l'Union européenne envisage de contrôler l'entrée de produits à base d'huile
de palme sur son territoire. Le développement des plantations de palmiers
serait l'un des facteurs déterminants de la déforestation, notamment sur les
îles de Bornéo et de Sumatra en Indonésie. Ce sont des pans entiers de la
forêt vierge qui ont disparu pour laisser place à cette monoculture
régulière et monotone. Cette pression sur la forêt a également des
conséquences sociales sur les populations y habitant.
Les lois locales ont été adaptées à ces pratiques. Mais entre la corruption
et le simple mépris de l'État de droit dans certaines zones reculées, les
mauvaises pratiques sont néanmoins fréquentes. « Il n'y a pas si longtemps,
les plantations étaient gérées par des agriculteurs, qui connaissaient les
arbres et les sols. Désormais, l'agriculture est pratiquée par des sociétés
commerciales, par des gestionnaires qui sont plus des industriels ou des
financiers" explique Hubert Omont. La plantation ne respecte pas
nécessairement les lois du pays, ou au contraire sait l'utiliser pour
arriver à des fins inavouables. Par exemple, des exploitants de bois
tropicaux prétendent vouloir créer des plantations uniquement pour obtenir
l'autorisation de couper les arbres. Certains vont même jusqu'à acheter les
semences des palmiers, qu'on retrouve, toujours dans leurs sacs, après le
départ de l'entreprise.
Les producteurs d'huile de palme s'insurgent contre cette vision. Sans être
dénuée de fondement,elle est trop simpliste. D'abord car, selon eux, la
responsabilité des plantations dans la déforestation est minime. Ensuite
parce qu'il est possible de produire de l'huile de palme respectueusement de
l'environnement. C'est pourquoi des acteurs de la filière ont décidé de
créer en 2004 une plateforrne pour le " palmier durable ", la RSPO (Roundtable
on Sustainable Palm Oil), association à but non lucratif qui regroupe des
acteurs d'horizons très variés: planteurs, transformateurs, négociants,
intermédiaires financiers, ONC ... Plus de 300 sociétés y sont inscrites.
Elle propose notamment des huiles certifiées, mais représente surtout un
lieu de rencontres et de débats.
Lucas PatIiat
L'HUILE DE PALME, MAUVAISE POUR LA SANTE
?
Voilà une réputation qui lui colle à la peau, mais dont il faut se méfier:
l'huile de palme serait néfaste car comportant beaucoup d'acides gras
saturés, facteurs de maladies cardio-vasculaires. Si la présence d'acides
gras Saturés est avérée, une étude du Cirad en Amoindrit l'impact sur
l'homme. Ces acides seraient en effet " en position non digestible "
(contrairement aux graisses animales par exemple) et ne pénétreraient ainsi
pas dans l'organisme. Le débat est complexe, car utilisé et exagéré Par les
querelles entre lobbies des différentes huiles (tournesol, olive, soja .. ).
Mais les études semblent le prouver, la bonne solution en termes
alimentaires reste de mélanger ou de varier les huiles. De quoi mettre tout
le monde d'accord.
CACAO
LA HAUSSE DE LA DEMANDE MONDIALE AIGUISE LES APPETITS
(04/02/2008)
Les producteurs de cacao sont sur le pied
de guerre pour relever le défi de la demande mondiale. Les autorités
ougandaises se frottent les mains: la dernière récolte s'est inscrite en
record. Surfant sur le besoin de développement durable, les planteurs de ce
pays d'Afrique orientale comptent investir dans la fève biologique.
Du côté ouest de l'Afrique, la production en Côte d'Ivoire a souffert de la
météo et de l'instabilité sociale. Dans cette filière suspectée de couvrir
un vaste réseau de corruption, l'atmosphère est morose. Mais l'amélioration
de la demande globale apporte un appel d'air bienvenu. Les Indonésiens,
pour leur part, font des projets fous: supplanter le concurrent ivoirien
comme producteur mondial numéro un. Tous les planteurs s'attèlent déjà à la
tâche. En jeu: le marché chinois du chocolat, dont le taux de croissance
devrait être au moins de cinq points supérieur à la moyenne mondiale dans
les cinq années à venir. De quoi décupler les ambitions des industriels du
secteur, qui, comme le suisse Barry Callebaut, croissent et prospèrent sur
le sol chinois. De quoi se consoler du recul enregistré en Europe, qui ne
doit qu'à l'Allemagne de ne pas avoir baissé davantage. Le prix de la fève à
Londres s'est hissé à un plus haut de quatre ans.
La récolte de cacao en Ouganda a enregistré, pour la saison 2006/07, un
niveau record, avec 10 006 tonnes, a annoncé le ministère de l'agriculture à
Kampala. Rendu optimiste par ces résultats et les $ 20 millions de recettes
d'exportation reçues à ce titre, le ministère prévoit maintenant pour la
campagne 2007/08, une progression de la production de fèves à 12 800 t, de
quoi assurer des recettes de l'ordre de $ 25 millions. Et de rappeler qu'en
2001, ces chiffres se situaient à 3 700 t et $ 3,7 millions respectivement.
Les autorités ont, en 2007, décidé d'augmenter le prix payé au planteur, à
Sh 2 000 ($ 1,18) le kg. Résultat, les fermiers se sont détournés de la
culture du café pour planter des cacaoyers, plus lucratifs. La demande pour
le cacao ougandais est forte, se réjouit Hope Sona Ebai, secrétaire général
de la Coco a Producers' Alliance, et encore plus pour les fèves poussées
selon des conditions biologiques. « Le cacao ougandais souffre peu de pestes
et maladies, si bien qu'il peut être cultivé biologiquement, et aller
chercher de plus hautes primes », a-t-il indiqué.
Les nouvelles provenant de la Côte d'Ivoire sont moins enthousiasmantes pour
Abidjan. En effet, les exportations de fèves de Côte d'Ivoire ont baissé
d'environ 13 % lors de la campagne 2006/07 comparativement à la saison
antérieure, a indiqué début janvier la Bourse du café et du cacao (BCC) à
Abidjan. Dans son dernier rapport, la BCC précise que 1,196 mt ont été
vendues à l'étranger, contre 1,364 mt en 2005/06. Les principales
destinations ont été l'Union européenne, puis les États-Unis, les pays
d'Europe non communautaires et l'Asie.
Et pour 2007/08, les derniers chiffres délivrés par les autorités portuaires
de San Pedro concernant les trois premiers mois de la saison (octobre-décembre)
font état d'embarquements totalisant 187361 t contre 190717 t embarquées
durant le même trimestre en 2006. Ces piètres résultats ont plus d'une
cause: une météo inclémente, des grèves à répétition, dont la dernière, au
sein de la BCC à Abidjan, vient de prendre fin, au moins momentanément. Le
personnel réclamait des hausses de salaires, de meilleures conditions de
travail et la mise à l'écart de son directeur général, Tano Kassi. La
filière café-cacao fait l'objet, depuis l'automne dernier, d'une enquête
judiciaire, à l'initiative du chef de l'État Laurent Gbagbo, suite à
d'importants détournements de fonds. Mais, faute d'informations probantes,
la suspicion demeure. Toutefois, sur le terrain, les planteurs ont vu, comme
leurs collègues ougandais, les prix bord-champ augmenter parallèlement à la
demande mondiale. Les données les plus récentes n'ont pu être délivrées par
la BCC, pour cause de grève, mais selon des planteurs de la région de Daloa,
les prix étaient compris entre FCFA475 ($ 1,07) et FCFA500 le kg.
Les ambitions de l'Indonésie
L'Indonésie, troisième producteur mondial de cacao, s'apprête à récolter
600 000 t de fèves cette année, ce qui représente une progression de 20 %
sur la récolte 2007, grâce à la meilleure productivité des cacaoyères. Le
président de l'Indonesia Cocoa Board (ICB), Djoko Sa id Damardjati, s'attend
à une meilleure production en 2008, suite aux retards enregistrés par la
récolte à la fin de l'année dernière, dues à des pluies excessives tombées
sur les régions clés pour la production.
L'ICB a également fait savoir que près de 350000 t de fèves ont été
exportées l'année dernière, moins que les 490778 t enregistrées en 2006. «
Seuls environ 10 % de nos exportations sont des fèves fermentées de bonne qualité,
mais nous cherchons à les augmenter à 30 % dans les trois années à venir», a
précisé Damardjati, selon lequel les exportations seront de 420 000 t cette
année. L'Indonésie vise les 2 mt d'ici à 2020. Si elle atteint ce niveau,
elle sera alors premier producteur mondial, devançant la Côte d'Ivoire et le
Ghana.
Dynamisme chinois
Et il en faudra du cacao pour satisfaire la demande croissante en Asie et en
Europe de l'Est. Barry Callebaut, groupe zurichois leader mondial des
fabricants de produits à base de cacao, en veut pour preuve sa progression
en Chine. Partant d'une base plutôt faible, d'environ 100 grammes par tête
et par an plus de 11 kg en Europe occidentale le marché du cacao
présente un potentiel de croissance de 8,8 % par an au cours des cinq
prochaines années, estime Euromonitor. Un chiffre à comparer avec les 2 % à
3 % de progression
annuelle anticipés pour le marché global. Se prévalant de telles
statistiques, Barry Callebaut a inauguré le 9 janvier une usine de
chocolat à Suzhou (100 km à l'ouest de Shanghaï) et sa 8' Académie du
chocolat. L'unité, qui sera construite en temps record (douze mois) aura une
capacité de production totale de 25 000 t par an. L'Académie a pour objectif
de sextupler les ventes depuis la Chine jusqu'en 2012. En Europe, les
broyages de cacao sont pris entre hauts et bas. En hausse, les broyages
effectués au dernier trimestre de 2007, qui ont pris 2,9 % à 384 901 t. En
baisse, le rythme de la croissance de la transformation européenne, qui est
au plus bas des trois années précédentes. Et même, si l'on en croit l'European
Cocoa Association, à son plus bas niveau pour la première fois depuis 2001.
Que les Allemands aient transformé 25,5 % de plus de fèvés entre octobre et
décembre, à 106041 t, ne change rien au bilan.
Mais la compagnie suisse reconnaît que si la consommation en Chine venait à
dépasser les
prévisions, l'approvisionnement pourrait être un problème. Son président,
Patrick De Maeseneire, a prévenu: « Il faut savoir qu'une pénurie ne peut
être comblée du jour au lendemain. Il faut trois à quatre ans pour que les
paysans puissent planter des cacaoyers et récolter des qua11lités
supplémentaires». Avec cette question pendante et valable pour d'autres
commodités agricoles: y aura-t-il assez de terres pour répondre à la
demande? La concurrence risque d'être rude ...
De quoi susciter l'intérêt des fonds d'investissement, alléchés par les
profits à venir Ils se sont donc portés massivement aux achats, ce qui a
fait bondir le cours à Londres à £ 1 124 la tonne, un niveau inconnu depuis
le 2 septembre 2003. À New York, même si la hausse a été moins importante,
les détenteurs de fonds de couverture, et plus généralement les
spéculateurs, ont augmenté leurs positions longues et porté le cours à $ 2
163 la tonne.
Marie Labrune
COTON
Record attendu en Chine
Le ministère chinois de l'Agriculture a annoncé le 8 janvier une récolte de
coton à plus de 7 millions de tonnes en 2007, un nouveau record, avec une
croissance de 4,5 % par rapport à 2006, rapporte l'Agence de presse Chine
nouvelle. L'ensemble des terres cultivées en coton ont totalisé 5,53
millions d'hectares, enregistrant une faible augmentation de 1,72 % par
rapport à 2006. L'année dernière, le gouvernement central a affecté 500
millions de yuans ($ 68,5 millions) d'aides pour l'achat de meilleures
semences afin de soutenir la culture de la fibre blanche.
De son côté, le Comité consultatif international du coton (CerC) a déclaré
qu'en raison du ralentissement de la croissance économique mondiale, il
fallait s'attendre à un déclin de la consommation mondiale de coton en 2007
et 2008. Il a estimé la production mondiale de coton à 26,02 millions de
tonnes, soit une baisse de 2,7 %, et la consommation mondiale à 27,38
millions de tonnes, soit une hausse de 2,98 %. La croissance de la
consommation est inférieure à celle des trois années précédentes. L'écart
entre l'offre et la demande est estimé à 1,36 mt. Selon le comité, l'année
dernière, le prix mondial du coton a atteint au maximum 69,68 cents par
livre, au minimum 55,6 cents, et en moyenne 63,28 cents par livre, soit une
hausse de 10,2 % par rapport à l'année précédente.
ALUMINIUM
Chinako voit ses recettes progresser de 24,1 % en 2007
Aluminium Corp. of China (Chinalco), deuxième producteur mondial
d'aluminium, a annoncé pour 2007 des recettes en hausse de 24,1 % à $ 18,04
milliards, grâce aux progrès réalisés dans l'élargissement de ses activités
au cuivre et à d'importants projets à l'étranger. Chinalco a produit 10 mt
d'aluminium en 2007, soit 9,62 mt de plus qu'en 2006. Sa production de
métaux a progressé en base annuelle de 20,7 % pour l'aluminium, 20,6 % pour
le cuivre cathode et 65 % pour l'éponge de titane. L'année dernière,
Chinalco est devenue l'actionnaire majoritaire de Yunnan Copper, afin de
devenir leader sur le marché chinois du cuivre. Il a également fait
l'acquisition de 12 mt d'équivalent cuivre auprès du canadien PeRU Copper.
La compagnie prévoit d'investir $ 1,2 milliard dans une entreprise conjointe
en Arabie Saoudite, pour une production annuelle d'aluminium de 1 mt.
CAFE
Prévisions en baisse pour la saison brésilienne 2008/09
Par manque de pluie au moment de la floraison, la récolte de café - pour la
campagne 2008/09, qui s'étend de mai à octobre - dans la région brésilienne
du Minas Gerais ne va pas être aussi élevée que prévu. Le ministère de
l'Agriculture, connu sous sa dénomination de Conab, a indiqué que la
production est attendue désormais entre 41,3 millions et 44,2 millions de
tonnes. À titre de comparaison, la récolte 2007/08 est anticipée à 33,7 mt.
Cette hausse prévue pour la saison à venir s'explique par la nature
"biennale" des caféiers, qui ont besoin, en quelque sorte, de se reposer un
an sur deux. Cela n'empêche pas le potentiel d'augmentation de l'année
traditionnellement en hausse d'avoir été sévèrement affecté par une très
mauvaise météo. Les 50 mt projetées chez Portis ou VM Group ne se
concrétiseront donc pas.
LES PAYS ÉMERGENTS AU
SECOURS DE LA CROISSANCE MONDIALE
(28/01/2008)
En résistant à la crise des subprimes, et ainsi en l'atténuant, les pays
émergents s'imposent définitivement comme une force économique majeure de ce
début de siècle. L'Afrique en profite en voyant sa forte croissance se
prolonger.
À la question « la crise des subprimes américains et les difficultés
économiques qu'elle semble devoir entraîner aux États-Unis et en Europe
ont-elles ou auront-elles un impact sur les pays en développement (PEV, pays
émergents inclus) ? ", la Banque mondiale (BM) répond « pour l'instant non";
et l'institution avance même que « le dynamisme des économies en
développement atténue les effets du ralentissement de l'activité observée
dans les pays riches, et notamment aux États-Unis ". « Au plan commercial,
précise ainsi Hans Timmer, coauteur et directeur de l'équipe chargée
d'analyser les tendances mondiales au sein du Groupe d'étude des
perspectives de développement à la Banque, la forte demande d'importations
dans les pays en développement aide à soutenir la croissance mondiale. Par
conséquent, comme le dollar est bas, les exportations américaines sont en
plein essor, ce qui contribue à résorber le déficit courant des ÉtatsUnis
et à atténuer les déséquilibres mondiaux ". Dans son dernier rapport', la BM
montre que si la croissance mondiale devrait accuser un léger repli en 2007,
pour s'établir à 3,6 % contre 3,9 % en2006, c'est en grande partie du fait
du ralentissement de l'activité da~ les pays à haut revenu. Car durant la
première moitié de 2007, la production industrielle s'est accélérée dans
toutes les régions en développement, en particulier en Asie de l'Est (20 %
d'une année sur l'autre). Dans cette zone, le dynamisme chinois, alimenté
notamment par une croissance de 11,5 % en 2007, s'est répandu dans la
plupart des économies de la région.
L'Afrique continue sur sa lancée
En Afrique subsaharienne, le PIB a progressé de 6,1 % en 2007 (5,7% en
2006), sa croissance la plus rapide depuis plus de 30 ans. Ce sont les pays
exportateurs de pétrole qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu avec une
augmentation de leur PIB de 8,1 % en 2007 (contre 5,3 % pour les pays
importateurs) : la progression la plus forte depuis 35 ans dans ces pays,
notamment due aux prix élevés du baril mais aussi aux nouvelles sources de
production, en particulier au Soudan et en
Angola. Ce dernier est le pays subsaharien qui connaît la croissance
économique la plus forte (24,3 % en 2007), grâce à une augmentation de sa
production de pétrole, donc, mais aussi de diamants, et à une progression
solide d'autres secteurs clés que sont l'agriculture, l'industrie et les
infrastructures. En Afrique centrale, le Gabon dont la croissance a bondi de
1,2 % en 2006 à 4,8 % en 2007 est en progression. La Tanzanie, pour
l'Afrique australe, a vu ses secteurs agricoles, miniers et industriels
améliorer leurs performances et affiche un taux de croissance de son PIB de
7,1 % en 2007, contre 6,8 % en 2006. Même dynamisme chez son voisin kenyan
qui, avant de vivre les drames post-électoraux récents, devait surpasser en
2007 son record de trente ans déjà atteint en 2006 (6,3 % contre 6,1 %). Le
Mozambique, quant à lui, a connu une bonne croissance début 2007, avant de
subir les ravages des cyclones et inondations.
La croissance des pays d'Afrique subsaharienne devrait s'accentuer en 2008
selon la BM et le FMI' qui prévoit un chiffre de 6,5 0/0, notamment grâce à
une demande intérieure forte, ainsi qu'une augmentation importante des
investissements publics et privés, avec un rôle prépondérant des capitaux
chinois et indiens.
La zone subsaharienne fait ainsi figure d'exception, puisque la croissance
mondiale devrait enregistrer un léger recul à 3,3 % en 2008, les PEY
affichant dans leur ensemble une baisse modérée à 7,1 % en 2008, et à peine
2,2 % pour les pays à revenu élevé. La production mondiale devrait ralentir
cette année, notamment aux États-Unis et en Europe. Les analystes de la BM
pensent quant à eux que les turbulences persisteront sur le marché du crédit
international jusque vers la fin de 2008, mais que les grandes institutions
financières continueront de pouvoir en supporter le coût. En outre, ils
prévoient que les retombées sur la consommation des difficultés actuelles du
marché américain de l'immobilier resteront limitées. Un « atterrissage en
douceur ",
selon les termes de la BM, qui pourrait cependant être remis en cause par
des mauvaises performances américaines. Ainsi, l'affaiblissement du dollar,
le spectre d'une récession aux ÉtatsUnis et la volatilité croissante des
marchés financiers pourraient infirmer ces hypothèses optimistes pour
l'économie mondiale.
Ces risques auraient comme conséquences une baisse des revenus liés à
l'exportation, une diminution des apports en capitaux pour les économies en
développement ainsi qu'une réduction de la valeur de leurs investissements
effectués en dollars à l'étranger. Les pays en développement pourraient
avoir à utiliser les réserves qu'ils ont constituées et les autres
mécanismes dont ils se sont dotés ces dernières années pour absorber des
chocs inattendus.
La Chine, toujours le moteur de l'économie mondiale?
Dans ce contexte, la Chine pourrait-elle jouer le rôle de moteur de
l'économie mondiale? La plupart des prévisions actuelles tablent sur une
croissance chinoise « satisfaisante" de 10,5 % pour 2008 (contre 11,5 % en
2007), et sur une légère baisse de sa production. La Banque mondiale insiste
sur l'impact de l'évolution de l'économie chinoise sur la croissance
africaine, expliquant que «des performances décevantes dans les pays
émergents tels que la Chine ( ... J pourraient impliquer une moindre
progression des exportations africaines, notamment dans les pays
importateurs de pétrole ", mais aussi une baisse significative des
investissements étrangers, un des piliers de la croissance africaine. La BM
évoque ainsi le contrat colossal de $ 5 milliards signé en 2007 entre la
Chine et la RD Congo, incluant un investissement de $ 3 milliards dans les
infrastructures du pays, les $ 2 milliards restants étant consacrés à la
création d'une joint-venture dans le secteur minier entre les deux nations.
Cyril Fleury
La Bad participe à un fonds
d'investissement privé
(28/01/2008)
La Banque africaine de développement (Bad) a annoncé le 16 janvier sa
première prise de participation de € 20 millions dans un fonds
d'investissement privé au Maghreb, le Maghreb Private Equity Fund 2. Selon
un communiqué publié à Tunis, siège provisoire de la Bad, ce fonds doit
financer des entreprises générant des revenus compris entre € 5 millions et
€ 50 millions dans quatre pays du Maghreb (Algérie, Libye, Maroc, Tunisie).
Il favorisera, selon la Bad, « l'émergence d'entreprises leaders» dans la
région, notamment dans le secteur des industries manufacturières et des
télécommunications, et la création d'emplois « transfrontaliers ». Le fonds,
d'une durée de vie de dix ans, doit également permettre de faciliter l'accès
des entreprises ciblées aux Bourses locales et de renforcer l'intégration
régionale, selon le communiqué.
L'AFRIQUE N'EST PAS UN
CONTINENT VIDE
(21/01/2008)
La croissance de la population africaine commence doucement à
ralentir. Explosion urbaine, densification des zones arables, besoins en
infrastructures, les grandes tendances démographiques permettent d'évaluer
les enjeux du continent, et les moyens d'y répondre.
La démographie comme outil de décision de l'aide publique au développement:
c'est l'enjeu de l'ouvrage publié par l'Agence française de développement (AFD)
et le Centre population et développement (Ceped), « L'Afrique face à ses
défis démographiques, un avenir incertain » . Les tendances démographiques,
en s'inscrivant dans le long terme, permettent d'anticiper des évolutions
décisives pour le continent. Le livre s'attache en particulier à battre en
brèches ce qu'il considère comme des idées reçues.
Disparités entre régions
La densité moyenne de population du continent reste faible - 32 habitants au
km2, contre 124 pour l'Asie, par exemple, ou 58 pour l'Amérique centrale.
Mais ce chiffre moyen masque non seulement des disparités entre sous-régions
et entre pays mais aussi au sein des pays. Entre savanes, hauts-plateaux,
forêts et zones arides, les conditions de vie diffèrent radicalement.
Certaines zones sont plus à même d'accueillir des populations nombreuses.
Une étude prenant en compte le type de sol pour calculer la densité humaine
arrive ainsi à des résultats radicalement différents. Un pays saharien comme
la Mauritanie, dont la densité ne dépasse pas les 3 habitants au km2, voit
sa densité passer à 529 habitants au km2 si on ne prend en compte que les
terres arables et les cultures permanentes. Si le chiffre reste discutable,
l'écart entre les deux mesures parle de lui-même. La Mauritanie, bien que
peu peuplée, atteint une densité critique.
Le constat vaut aussi pour le Niger, par exemple, qualifié de « pays plein»
par JeanPierre Guengant. Pour les auteurs, le sous-peuplement de l'Afrique
n'est plus d'actualité. La population africaine a été multipliée par cinq
depuis 1950, une croissance absolument exceptionnelle. L'idée d'une Afrique
sous-peuplée repose sur deux faits: la saignée réalisée par la traite et la
colonisation, d'abord, qui a conduit à une stagnation voire une diminution
de la population du continent pendant près de quatre siècles. Puis la
politisation du discours sur le contrôle démographique des pays africains au
lendemain des décolonisations. Les politiques de planning familial étaient
présentées comme une manœuvre des puissances occidentales pour contrôler
leurs anciennes colonies. La population était alors un atout, une richesse,
et non une menace qu'il fallait brider. Si le débat a fait couler beaucoup
d'encre, il semble, pour les auteurs, résolu aujourd'hui par le formidable
rattrapage démographique des dernières décennies.
"La révolution contraceptive n'a pas encore vraiment commencé"
Après des années à un rythme haletant, les taux de croissance de la
population africaine ont commencé à fléchir. Ce changement de tendance, qui
s'observe depuis les années 80, a pu faire penser que la transition
démographique était à l'œuvre sur le continent. Mais les auteurs se veulent
prudents. Selon eux, la transition n'aura pas lieu avant plusieurs décennies
- probablement pas avant 2050 dans la plupart des pays. À cette date, «
seule une demi-douzaine de pays pourraient avoir une croissance annuelle de
leur population de 1 % ou moins ». Au niveau global, elle resterait autour
de 1 ,3 %, soit six fois celle de l'Asie ou de l'Amérique latine. En 1950,
les chiffres étaient comparables.
La seconde moitié du XX' siècle a vu de nombreux projets de contrôle de la
natalité. Des politiques publiques visaient à favoriser l'utilisation de
méthodes contraceptives. L'utilisation de méthodes modernes de contraception
n'est supérieure à 20 % que dans trois quarts des pays étudiés dans
l'ouvrage. La progression de ces méthodes reste faible en Afrique de l'Ouest
et centrale, mais est plus élevée en Afrique de l'Est et australe, zones
particulièrement touchées par le virus du Sida.
Pour les auteurs, il n'y a pas de doute: cette lenteur s'explique par la
faiblesse des programmes de planification familiale. Tant les gouvernements
que les associations n'ont pas montré le même engouement que dans les autres
régions du monde. D'autre part, l'ouvrage souligne la dilution des
priorités, et les difficultés d'intégration des services de santé de la
reproduction dans les services de santé publique.
Une Afrique urbanisée
Le fait marquant de l'évolution démographique africaine reste l'explosion
urbaine. La population urbaine a été multipliée par 11 depuis 1950. Ce qui
est remarquable est que la population rurale elle aussi a continué à
augmenter durant la même période (elle a triplé), soulignant que le
dynamisme démographique urbain provient de plus en plus de la natalité des
citadins et de moins en moins d'un exode rural, qui continue, certes, mais
dont l'importance ne doit pas être exagérée. S'il comptait pour les
deux-tiers de la croissance urbaine jusque dans les années 70, il est
aujourd'hui minoritaire.
Le continent reste pour autant relativement peu urbanisé. Le taux moyen de
population urbaine n'est que de 37 % en 2005 contre 40 % en Asie et 78 %
pour l'Amérique latine. L'Afrique australe est la plus urbanisée, avec 55 %.
L'Afrique devrait devenir majoritairement urbaine dès 2030, date à partir de
laquelle trois pays sur quatre auraient plus d'urbains que de ruraux (contre
un pays sur quatre aujourd'hui).
Des tendances fortes et utilisables
Ces grandes lignes tracées par la démographie permettent d'expliquer bien
des difficultés rencontrées par l'Afrique aujourd'hui. La forte croissance
de la population entraîne une baisse du revenu par tête même en période de
croissance. Quant aux chiffres de la croissance urbaine, ils donnent le
tournis, et aident à comprendre les difficultés rencontrées par les
administrations. Les tentatives de domestication des nouveaux quartiers, les
mesures pour empêcher les nouveaux arrivants, les investissements dans de
nouvelles infrastructures, ne pouvaient faire face à un tel rythme, surtout
avec les faibles moyens dont disposaient les autorités.
Si elle peut expliquer les évolutions passées, la démographie peut également
dégager des tendances pour les années à venir. Le plus souvent, les
acteurs du développement n'évoquent les études démographiques que comme base
à leur action sur la natalité, la mortalité, la santé. L'AFD considère qu'il
faut utiliser ces résultats comme outil de réflexion pour la définition de
ses politiques de coopération. L'agence a d'ailleurs créé un poste de
chargée de mission en population et migration.
Comme l'explique un économiste de l'institution, les axes de la nouvelle
stratégie du département Afrique reposent en partie sur les grandes lignes
dégagées par la démographie. Premier axe, soutenir la population active. «
La population en âge d'être active est de plus en plus nombreuse par rapport
à la population totale (on parle de baisse du taux de dépendance). On se
trouve donc à une époque charnière où l'on pourra récolter les fruits du
fameux dividende démographique ». L'existence de ce fameux bonus
démographique fait débat. Censé résulter de la période de retournement des
tendances au cœur de la transition démographique, il a largement profité aux
économies asiatiques. Mais la lenteur, notamment, de la transition africaine
risque d'en annuler tous les bénéfices (lire MTM du 15 septembre 2006).
Pourtant, l'amélioration du rapport sera bien réelle, et l'accroissement de
la main d'œuvre aussi. D'où pour l'AFD de participer à la formation de la
population en גage de travailler, mais aussi de s'assurer de leur
santé, au sens large. « Il faut qu'elle soit en état de travailler ». Si le
second axe concerne le soutien à la création d'emploi, le troisième recoupe
à nouveau les préoccupations démographiques, puisqu'il s'agit de renforcer
la capacité d'accueil des centres urbains, à la a fois en termes
d'infrastructures et de capacité de gestion.
La croissance des centres urbains représente un enjeu considérable. La
relation entre zones rurales et zones urbaines est en train de se modifier
en profondeur. Les besoins en ressources naturelles des villes, notamment
alimentaires, s'accroissent. Faute de modernisation du lien économique
avec les campagnes, ce besoin est de plus en plus rempli par des
importations. Ce qui devrait être un facteur de dynamisme pour l'économie
locale devient une nouvelle contrainte.
Autre point, les capacités d'accueil des villes ont des limites. Si les
centres urbains ont permis d'absorber une part de la pauvreté, grâce au
dynamisme inhérent au facteur de concentration de l'activité, la croissance
ininterrompue de la population freine cette particularité. Peu à peu, les
villes risquent de se transformer en lieu de concentration de la misère, à
laquelle s'ajoute en corollaire une insécurité grandissante qui devient un
fait majeur des villes africaines.
Dans certains pays, les politiques de soutien à l'urbanisation se heurtent
encore à une certaine méfiance des élites. Les villes sont des foyers de
contestation. L'information y circule plus rapidement, les modes de
représentation du pouvoir y sont plus fragiles, et la hausse du niveau
d'éducation rend les urbains plus critiques. Cette défiance tend à
disparaître avec le renouvellement des élites et la diffusion de pratiques
plus démocratiques. L'action des acteurs du développement a connu des modes.
Si jusque dans les années 90, le biais rural était prédominant, de
nombreuses ONG en particulier préférant rester dans les villages plutôt que
s'intéresser aux villes, il s'est peu à peu inversé. L'expertise rurale
s'est peu à peu élimée. La Banque mondiale en appelle d'ailleurs dans son
dernier rapport annuel à un retour vers l'agriculture.
Lucas Patriat
LE POIDS DES RESEAUX EN
MEDITERRANEE
(03/07/2007)
Qu'elles soient professionnelles, culturelles, économiques ou sociales, le
rôle des associations dans la construction du partenariat Provence/Maghreb a
longtemps été sous-estimé. Elles sont aujourd'hui le moteur de la dynamique.
Favoriser la coopération entre les rives sud et nord de la Méditerranée, tel
est l'objectif du réseau Medcoop, fondé en 1999 à Marseille. Cet objectif
respecte deux priorités: générer du développement au Sud tout en valorisant
l'innovation et le respect des valeurs éthiques. Le délégué général de
Medcoop, Kader Bekkar, ne dispose ci' autres moyens que des liens tissés par
son assoàation avec d'autres, mais aussi avec les collectivités et quelques
structures privées. « Nous ne finançons pas de projets, confie Kader Bekkar.
Mais quand on vient nous voir avec une idée, nous pouvons au préalable
évaluer son intérêt et, le cas échéant, mettre le porteur de projet en
contact avec des structures qui pourraient l'aider. 42 associations
sont membres de Medcoop. Le réseau est notamment très actif dans la
communication auprès des opérateurs intemationaux de la région. Il tend à
rapprocher les initiatives des secteurs marchand et non-marchand. « Les
entreprises ont longtemps vu les associations comme des structures hors de
la réalité économique, avoue Kader Bekkar. De leur côté, les associations
considéraient les entreprises comme des pilleurs ! Cette vision est vraiment
en train de changer et nous accompagnons ce mouvement très intéressant pour
le développement des échanges entre la région ProvenceAlpes-Côte d'Azur
(Paca) et le Maghreb ».
Medcoop symbolise parfaitement le mouvement qui s'opère en Paca depuis
quelques années. Les échanges entre le sud et le nord de la Méditerranée
sont longtemps restés confinés à de petits niveaux, chaque opérateur
prêchant pour sa propre paroisse, sans prendre en compte l'action de son
voisin. Aujourd'hui, l'intérêt de la communication et de la collaboration
n'est plus à démontrer. Et le nombre de manifestations qui se tiennent à
Marseille pour promouvoir des initiatives communes avec le Maghreb le
démontre. Ces événements culturels ou économiques présententils réellement
un intérêt pour les relations entre les deux rives méditerranéennes? Oui,
sans aucun doute car ils valorisent l'image de la cité phocéenne : ces
rendez-vous de plus en plus nombreux en appellent de nouveaux. et cette
émulation attire dans la ville des associations, des réseaux locaux puis
régionaux, et le siège d'organisations internationales faisant le lien entre
l'Europe et la Méditerranée. C'est notamment le cas du réseau Anima. Projet
cofinancé par l'Union européenne, il a pour vocation d'accroître les
investissements directs étrangers (IDE) dans la région méditerranéenne. Basé
à Marseille, le projet cible prioritairement les agences de promotion des
investissements, mais il travaille également sur l'image globale de la
région Méditerranée, les conditions d'accueil des investissements dans les
pays MEDA (partenariat euro méditerranéen) et les pratiques observées dans
ce domaine. Le réseau produit en outre un grand nombre d'études sur les
marchés porteurs en Méditerranée. Il permet enfin de rassembler sur
Marseille des responsables politiques et économiques du pourtour
méditerranéen. Le projet Anima, initialement prévu pour s'achever en 1007,
est reconduit et devrait même gagner un statut institutionnel.
À côté de ces actions d'envergure internationale, les initiatives plus
modestes continuent de se développer. Ainsi l'Association régionale pour le
développement de la coopération industrielle internationale (Adeci) opère
des rapprochements entre des entreprises de Paca et du Maghreb. Financée par
les collectivités locales, l'Adeci s'inscrit tout à fait dans la dimension
du partenariat entre les deux régions. « Le compagnonnage s'adresse aux PME
régionales, pas toujours équipées pour s'attaquer à des marchés
internationaux, résume le président de l'Adeci, Jean-Claude Sitbon. Nous
facilitons donc les contacts entre des entreprises provençales et
maghrébines de même secteur, qui trouvent souvent des complémentarités pour
développer leur activité. » Un schéma très bien adapté aux réalités locales:
« Les entreprises de Paca ont paifois du mal à exporter leurs produits
industriels du fait de leur complexité. Il s'agit souvent de séries
limitées, à grande valeur ajoutée, conçues spécifiquement pour des clients
connus. Leur savoir-faire est très recherché au Maghreb en même temps que
ces entreprises peuvent trouver là-bas les moyens de développer leur
production. »
Créer des réseaux, c'est aussi l'ambition de la cité euroméditerranéenne de
la mode. La filière textile emploie quatre millions de personnes en
Méditerranée. Il y a deux ans, Marseille a vu naître ce projet international
qui regroupe la France, l'italie, le Liban, le Portugal. la Turquie, la
Tunisie et le Maroc. Face à la menace chinoise sur le marché du textile, le
développement des liens entre le nord et le sud de la Méditerranée offre une
réponse pertinente. D'autant que les besoins évoluent: On est passé de
relations de donneurs d'ordres à sous-traitants à un rapport de co-traitance,
c'est-à-dire à la mise en place de relations plus partenariales entre les
entreprises du Sud et du Nord, constate la chargée de développement de la
Cité euroméditerranéenne de la mode, Valérie Melin. Elle poursuit: le
secteur évolue au Maghreb. On y trouve de plus en plus de jeunes chefs
d'entreprises, formés à l'étranger mais décidés à développer leur pays. »
Des pièces maîtresses dans les nouvelles relations qui s'installent entre
les deux rives méditerranéennes.
C.G.
Le compagnonnage industriel fait des adeptes en
Paca
Le succès de l'association régionale pour le développement de la coopération
industrielle internationale (Adeci) est sans aucun doute lié à la structure
du tissu économique provençal: de nombreuses PME familiales, peu tournées
vers l'international, sans ambition de croissance démesurée. Quand ces
entreprises s'adressent à l'Adeci, c'est finalement presque par curiosité.
L'association fondée en 1980 par des entrepreneurs ne fait pas dans
l'humanitaire. « Les entreprises qui se tournent vers nous voient d'abord
leur intérêt économique, affirme le président de l'Association, Jean-Claude
Sitbon. Elles ne font pas dans la philanthropie, mais quand on parle
d'entreprises à taille humaine, très vite, les liens se créent entre les
entrepreneurs du Sud et du Nord. C'est la particularité du compagnonnage.
Convaincu que la recherche de bénéfices partagés est le moteur de
l'initiative économique, Jean-Claude Sitbon est à l'origine de nombreuses JJ
histoires d'hommes . Dans le papier, les machines ou les fruits et légumes,
les contacts de l'association permettent de trouver des synergies entre les
entreprises du Maghreb et de Paca, tout en restant dans le rythme de la PME.
« Nous n'avons pas besoin de réunir un nombre minimum de sociétés pour
prévoir un voyage d'affaires, explique Jean-Claude Sitbon. C'est très
important parce que cela permet aux entrepreneurs de trouver rapidement la
réponse à leurs questions. }} Et de travailler en groupe restreint. De
l'autre côté de la Méditerranée, l'organisation des autorités locales comme
des entreprises ainsi que les moyens dont elles disposent ne sont pas aussi
structurés qu'en France. Ces missions modestes correspondent bien à
l'environnement local. Depuis sa création, l'Adeci est devenue nationale et
présente fièrement son bilan: depuis 1995, l'association a accompagné 250
missions de compagnonnage, dont 136 au Maghreb. 56 % de ces entreprises
étaient basées en PACA. La majorité des partenariats s'opère avec la Tunisie
(59 %) et le Maroc (37 %).68 % des entreprises accompagnées emploient moins
de 50 personnes. Elles œuvrent majoritairement dans le secteur de
l'équipement et des fournitures industrielles (61 %), de l'agriculture ou de
l'agroalimentaire (11 %) et les services (28 %). Plus d'une entreprise sur
deux n'avait aucune relation commerciale ou industrielle avec le pays
concerné auparavant.
C.G.
LES fORMATIONS TOURNÉES VERS LA MÉDITERRANÉE
La place de Marseille en Méditerranée passe aussi par ses universités, ses
écoles et ses formations. l'université de Provence, l'Université de la
Méditerranée comme l'Université Paul Cézanne, les trois grands centres qui
couvrent l'ensemble des disciplines supérieures, ont toujours accordé une
grande place aux partenariats méditerranéens, que ce soit dans l'intitulé
des diplômes, dans l'accueil des étudiants comme dans la création des
instituts de recherche. Elles appliquent notamment le programme Medaccueil,
dispositif de bourses d'excellence proposées par la région
Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les écoles suivent aussi cette tendance. C'est
notamment le cas de l'école de commerce Euromed, basée à Marseille ou de
l'institut d'administration des entreprises (IAE) à Aix-en-Provence. On
retrouve enfin cette tendance dans les colloques ou les formations proposés
dans la région Paca.
C.G.
UN RENDEZ-VOUS MANQUÉ ?
(07/04/2007)
Pour les ministres des Finances des pays africains de la Zone franc, l'heure
d'une remise en question des politiques monétaires et cambiaires n'a pas
encore sonné.
L'euro a atteint jeudi 5 avril son plus haut historique face au dollar. Le
même jour, les ministres des Finances des pays africains de la Zone franc se
sont réunis à Lomé autour de leur homologue français, Thierry Breton. Ce
dernier, dont les activités ministérielles sont censées tourner au ralenti,
n'a fait pourtant qu'un déplacement de moins de 24 h dans la capitale
togolaise, campagne électorale oblige. Dans les couloirs, les participants
parlaient moins de l'élection présidentielle en France que du débat lancé
par certains acteurs dans l'Hexagone et par les cotonculteurs africains sur
une éventuelle dévaluation du franc CFA ou son rattachement à un panier de
monnaies, dont le dollar.
« Les mêmes réflexes qu'il y a 30 ans »
L'épais dossier remis aux participants ne comportait aucune étude sur les
effets de l'appréciation de l'euro par rapport au dollar sur les
performances de la Zone franc. L'ordre du jour, non plus, ne mentionnait pas
ce thème, au grand dam de tous ceux qui appellent de leurs voeux une
évolution monétaire et cambiaire de la Zone. Ce sera peut-être pour une
autre fois. Et pourtant, d'après les cotonculteurs africains, il y a urgence
à faire un examen de la situation monétaire et de change de la Zone franc.
« Il est temps de faire un état des lieux des méthodes de travail en cours
dans cette réunion », propose pour sa part un des participants qui ne fait
pas partie du cercle des décideurs de premier plan de la Zone franc. Pour
lui, il faudrait élever la capacité de cette réunion à être plus vigilante
aux transformations rapides qui s'opèrent dans l'économie mondiale et sur
les marchés financiers internationaux.
« Cette réunion garde les mêmes réflexes qu'il y a 30 ans, critique le même
participant. Elle devrait notamment dire dans quelle mesure notre Zone est
ou non compétitive par rapport à d'autres zones. » Pour lui, il est temps
d'initier une démarche visant à regarder de près les questions liées à la
mondialisation et à la compétitivité. « La question de la monnaie reste
taboue au sein de la Zone franc. Il serait utile de " détabouïser " cette
question. Il faut préparer l'opinion et les opérateurs privés à un
changement qui sera nécessaire par rapport à la question de la monnaie »,
insiste le même participant. Et d'ajouter qu'il faudrait mettre sur pied une
commission d'experts complètement indépendants au sein de laquelle les
principaux acteurs ne devraient pas être internes à la Zone pour mener
une réflexion qui soit indépendante et dépassionnée. « Ça urge et on
l'ignore, poursuit-il. Il faut que cela soit proposé le plus rapidement
possible. C'est de la responsabilité des ministres des Finances de la Zone
franc. » D'après certains observateurs, ces derniers ont une nouvelle fois
botté en touche.
Ralentissement de la croissance
Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales (Banque
de France, Bceao, Beac et Comores) ont une opinion bien arrêtée sur la
situation monétaire : elle est restée solide dans l'ensemble de la Zone. Les
grands argentiers et les banquiers centraux ont néanmoins constaté un
ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) global de la
Zone franc : 3,1 % en 2006 contre 4,7 % en 2005. « En zone Uemoa, la
persistance des crises sociopolitiques dans certains États et des chocs
exogènes ainsi que les contre-performances du secteur secondaire ont limité
la croissance à 3,4 %, en recul d'un point par rapport à 2005. La crise
énergétique que connaissent certains pays, ainsi que les difficultés de la
filière coton, ont affecté l'activité économique et nécessitent la mise en
place de mesures spécifiques », soulignent les participants.
Quant à la croissance économique en zone Cemac, elle a « également décéléré
pour s'établir à 3,3 %, en raison d'un taux de croissance négatif du secteur
pétrolier, tandis que celui du secteur non pétrolier se maintenait à 4,4 %.
En 2006, les finances publiques se sont de nouveau consolidées ».
Autre membre de la Zone franc : les Comores. Ce pays ne fait guère mieux que
les deux blocs. Il affiche aussi en 2006 un ralentissement de l'activité
économique avec un taux de croissance du PIB de 1,2 %, « en lien avec la
crise de la filière vanille, la baisse de l'activité touristique et une
dégradation des finances publiques, corrigée en fin d'année ».
Un bon point cependant pour les partisans du statu quo : la situation de
l'inflation dans la Zone franc reste meilleure que celle enregistrée par
l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, avec un taux d'inflation global de
3,4 % en 2006 contre 4,4 % l'année précédente. Pris bloc par bloc, les
nouvelles en provenance du front de l'inflation ne sont pas les mêmes. Les
tensions inflationnistes qu'a connues par exemple le bloc Uemoa (huit pays
d'Afrique de l'Ouest) en 2005 se sont apaisées, le niveau général des prix
progressant de 2,3 % en 2006 contre 4,3 % en 2005. En revanche, des tensions
inflationnistes (5,2 %) ont réapparu dans les six pays du bloc Cemac
(Afrique centrale).
Manque de convergence
Autre question : le respect ou plutôt le non-respect des critères de
convergence. En effet,
« après avoir pris connaissance du rapport semestriel du Comité de
convergence, les ministres ont constaté que la convergence a été
insuffisante en 2006, un seul État respectant l'ensemble des critères de
premier rang. Ils ont en conséquence réaffirmé le caractère indispensable
d'une convergence au sein d'une zone monétaire et se sont engagés à
renforcer les moyens de la surveillance multilatérale ».
Avant de se rendre aux assemblées de printemps du Fonds monétaire
international et de la Banque mondiale (les 14 et 15 avril) à Washington,
les ministres des Finances se sont montrés optimistes pour 2007, ayant
constaté les signes d'une reprise. D'autant que l'accord conclu entre les
protagonistes de la crise ivoirienne pourrait s'il est bien appliqué
contribuer à un regain de croissance en zone Uemoa. Les grands argentiers
ont toutefois « réaffirmé leur détermination à mettre en œuvre des
politiques ambitieuses afin d'élever le potentiel de croissance de la Zone,
contribuant ainsi à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le
développement à l'horizon 2015. »
François Katendi, envoyé spécial à Lomé
Les diamants en ligne de mire
(30/03/2007)
Lors de la présentation, Alberto Calderon a également déclaré que BHP
Billiton chercherait à étendre ses positions sur le marché mondial du
diamant, dont les perspectives sont à moyen terme, « les plus prometteuses
de tout le secteur minier », selon le haut responsable de la compagnie
australienne. BHP compte donc aller « chasser le diamant », partout où cela
est possible , à commencer par l'Afrique. « 60 % de la production mondial de
diamant vient aujourd'hui de ce continent et selon nos experts cette
proportion va croître significativement dans les prochaines années », a
affirmé Alberto Calderon. BHP a donc prévu d'investir rapidement en Afrique,
près de la moitié des € 150 millions dédiés chaque année par la compagnie en
matière d'exploration diamantifère. Cible privilégiée de BHP, les provinces
du Kasaï-Occidental et Oriental en RD Congo et celle du Lunda-Norte en
Angola, où la compagnie ne possède pour l'instant que trois mines en
production. Un chiffre qui pourrait très vite augmenter, puisqu'une centaine
d'opérations d'exploration ont déjà été lancées des deux côtes de la
frontière par le géant minier et ses associés.
Vers une amélioration de
l'acheminement du courrier
(30/03/2007)
A l'initiative de l'Union panafricaine des postes (Llpap) et de l'Union
postale universelle (Upu), une vingtaine d'experts des sociétés des postes
de six pays de la Cedeao (Bénin, Burkina Faso, Chana, Niger, Nigeria et
Togo) se sont réunis les 6 et 7 mars à Lomé, en vue d'examiner la mise en
œuvre du projet du transport du Courrier postal par voie terrestre dans la
sous-région. Ils ont décidé à l'issue de leurs travaux de créer un comité
régional de contact constitué d'agents de poste et de douane et de
policiers. Ce comité devra favoriser l'acheminement du courrier dans tous
les pays qui se trouvent sur l'axe Lagos-Abidjan à compter du 16 avril.
C'est à cette date que démarrera ce projet dont le principal objectif est
d'améliorer la qualité des services postaux dans la zone Cedeao par la
réduction du délai de transmission du courrier postal.
Etonam Akakpo-Ahianyo
DÉVELOPPEMENT AGRICOLE UNE
NOUVELLE CHANCE POUR L'AFRIQUE
(23/03/2007)
L'Afrique est passée à côté de la révolution verte. Conditions climatiques
aléatoires, fragilité des sols, faible introduction du progrès technique,
accès insuffisant au crédit, inadaptation du droit foncier... tous ces
facteurs ont conduit à la stagnation de la production et à une baisse de la
productivité agricole en Afrique. Redonner la priorité à l'agriculture en
matière de politique économique et mettre l'accent sur l'apport scientifique
et la vulgarisation font partie des pistes à suivre.
L'agriculture sur le continent africain représente toujours plus de 57 % de
l'emploi, 17 % du produit intérieur brut et 11 % des recettes d'exportation.
Et pourtant, le secteur ne parvient pas à remplir sa mission première :
nourrir la population. « Parmi toutes les régions en développement,
l'Afrique seule est passée à côté de la révolution verte des années 1970 et
1980 », rappelait récemment Jeffrey Sachs, économiste et directeur de
l'Institut de la terre de l'université de Columbia, et Pedro Sanchez,
directeur du programme d'agriculture tropicale de l'Institut de la terre.
En Asie, l'environnement économique a favorisé la diffusion de la révolution
verte d'autant qu'elle était appuyée par une forte volonté politique dont
l'objectif était d'assurer la sécurité alimentaire. L'existence d'une
industrie de base produisant des engrais et la possibilité, dans une
certaine mesure, d'accéder aux crédits ont permis l'adoption du progrès
technique dans l'agriculture. « Ainsi, l'amélioration de la productivité du
travail et des rendements se sont traduits par une augmentation des revenus
des paysans qui ont alors été en mesure de constituer un marché pour les
produits de la ville. Un cercle vertueux s'engage. Le marché des zones
rurales s'élargit, et celui des zones urbaines bénéficie de prix stables »,
commente Philippe Hugon, professeur émérite d'économie à l'université Paris
X Nanterre.
Favoriser l'acumulation
« Le développement se fait sur la base d'un processus accumulatif. D'abord
par une accumulation du capital, qui se traduit par une hausse de
l'investissement privé et public dans le système productif. À cela s'ajoute
une accumulation dans le domaine du progrès technique, qui permet un gain de
productivité. Ce progrès technique est la conséquence d'une éducation plus
large à laquelle accède une pan croissante de la population. Le
développement se fait aussi sur la base d'un changement de structure de
l'économie qui se manifeste par une amélioration de l'ensemble du secteur
productif », commente Habib Ouane, directeur du département Afrique et PMA
(pays les moins avancés) à la Conférence des Nations unies pour le commerce
et le développement (Cnuced).
En Asie, ce processus s'est enclenché à partir de la révolution verte.
L'augmentation de la valeur ajoutée et de la productivité de la main
d'œuvre dans l'agriculture a créé des surplus financiers qui ont été
investis dans les autres secteurs de l'économie. « Cela a entraîné une
croissance vertueuse car durable, non soumise aux aléas de la conjoncture ou
du climat. Cette croissance s'est aussi traduite par une baisse graduelle de
la pauvreté à travers la création d'emplois productifs dans les différents
secteurs de l'économie. Cela a créé une performance économique saine de ces
pays d'Asie du Sud-Est et de l'Inde », poursuit-il. Outres les mauvaises
conditions climatiques et la fragilité des sols, des facteurs économiques
expliquent le fait que l'Afrique soit passée à côté de la révolution verte.
Pour Habib Ouane, « le facteur technologique n'a pas imprégné le tissu
productif africain, or il est au cœur de la révolution verte. En effet, la
réorientation de l'aide vers les facteurs sociaux (santé et éducation) ces
vingt dernières années, au détriment des secteurs productifs et en
particulier de l'agriculture, n'a pas stimulé le développement économique.
La baisse de 40 % de l'aide au secteur agricole conjuguée au déficit
technologique a abouti à l'incapacité du continent à réaliser sa révolution
verte. »
Dans nombre de pays africains la pauvreté ne diminue pas malgré une
croissance de l'ordre de 5 à 6 % depuis plusieurs années, bien supérieure à
celle enregistrée par les pays de l'OCDE. « La qualité de la croissance axée
exclusivement sur les produits primaires bruts, donc avec un faible degré de
transformation sur place, n'a pas abouti à une création d'emploi en nombre
suffisant. La production et les exportations restent à l'état brut, sans
effet d'entraînement sur le reste de l'économie nationale », explique Habib
Ouane.
Effet d'entraînement
En Asie, la hausse de la productivité du travail dans l'agriculture a
alimenté de manière positive l'exode rural. Cette main d'œuvre est partie
chercher du travail dans les villes, dans le secteur manufacturier,
industriel ou dans le tertiaire. En revanche, en Afrique, la baisse de la
productivité agricole a été exacerbée par l'incapacité du secteur
manufacturier et des services à créer des emplois en nombre suffisant pour
absorber le surplus de la main d'œuvre du monde rural. « Or, pour la
première fois de son histoire, le continent est confronté à une transition
de l'emploi : l'augmentation de la population qui cherche du travail hors
agriculture devient plus forte que l'augmentation de la population qui
recherche un travail dans le monde rural », constate Habib Ouane. Cette
transition de l'emploi, qui a lieu au cours de la décennie 2000-2010, a pour
conséquence directe l'augmentation du chômage en milieu urbain qui pousse de
plus en plus de jeunes sur les routes dangereuses de l'immigration
clandestine.
D'autres facteurs économiques et sociaux expliquent l'échec de la révolution
verte en Afrique Nombre de paysans interrogés évoquent le manque d'accès au
crédit, pour financer les intrants et l'achat de matériel agricole.
L'agriculture étant considérée comme une activité aléatoire et risquée, les
institutions financières ne la financent qu'avec parcimonie. De plus, les
paysans africains ne peuvent pas toujours engager leurs terres comme
caution, n'étant pas propriétaire dans bien des cas. Le problème foncier
reste ainsi un obstacle majeur. Alors que le statut de la terre est
relativement bien défini dans les pays asiatiques (droit de propriété privé
et location de la terre), il reste flou dans de nombreux pays africains,
souvent fondé sur un droit coutumier et un usage communautaire. « Les
structures de propriété et de possession des terres de la petite
paysannerie, aux moyens extrêmement limités du point de vue de l'accès aux
engrais, entravent le développement agricole. Nous sommes en Afrique dans un
environnement à risque, où il est difficile de faire dans l'intensif »,
souligne Philippe Hugon. En effet une culture sur un mode
intensif comporte des risques plus élevés en terme d'investissements
financiers (achat d'intrants, de matériel agricole...). Les agriculteurs
préfèrent alors opter pour la diversification des cultures qui leur assure
une meilleure sécurité alimentaire.
Partage des connaissances
À l'occasion d'une étude menée sur l'introduction de l'engrais à l'Ouest du
Kenya, dans une région où l'autosuffisance alimentaire n'est pas atteinte,
Esther Duflo, économiste au Massachusetts
Institut of Technologies, s'est posée la question de la diffusion de la
connaissance. À sa surprise, les paysans n'ont pas partagé leurs
connaissances avec leurs voisins sur les bénéfices apportés par
l'utilisation d'urée. Pire, ils semblent ne rien connaître de l'activité des
autres agriculteurs. « En Inde, où la révolution verte a été un succès, tout
le monde sait tout sur tout le monde, et le partage de la connaissance se
diffuse rapidement. Au Kenya, on tombe dans le piège de la pauvreté :
l'innovation disparaît avant de se diffuser », a-t-elle constaté.
En Afrique australe, ce sont les ravages du VIH/sida dans les zones rurales
qui déstabilisent l'ensemble de la production alimentaire. Les terres
manquent de bras pour être cultivés et certains champs sont laissés à
l'abandon. Les adultes n'ont plus le temps de transmettre leurs
connaissances agraires. Les familles confrontées à une chute de leurs
revenus, peinent à subvenir à leurs besoins, désinvestissent pour soigner
les malades. La trappe à pauvreté se referme.
Une révolution verte réadaptée
Donner la priorité à l'agriculture est indispensable. Cela passe par la
relance des politiques publiques agricoles sur la base d'incitations et la
création d'un climat de sécurisation des investissements. Selon Habib Ouane,
le développement agricole passe aussi par une intensification des activités
de recherche et de développement. « Les services de vulgarisation, dont
certains ont été démantelés dans le cadre de l'ajustement structurel,
doivent être restaurés avec un meilleur encadrement des paysans »,
préconise-t-il.
« La croissance démographique relance le débat. Aujourd'hui, il faut à la
fois travailler sur une hausse des rendements par rapport à la hausse de la
croissance de la population et en même temps préserver les écosystèmes
fragiles et complexes », explique Philippe Hugon. Dans le même esprit,
Jacques Diouf, directeur général de la PAO, a lancé en septembre 2006 un
appel à une « deuxième révolution verte », qui permettrait de nourrir une
population mondiale croissante tout en préservant les ressources naturelles
et l'environnement. « Les investissements dans l'agriculture sont
généralement faibles dans l'ordre des priorités des politiques qui sont
d'ordinaire plus intéressés par la rentabilité à court terme », a-t-il
affirmé.
Mais les signes d'un changement sont là. L'agriculture bénéficie d'un regain
d'intérêt, tant du côté institutionnel que des ONG. L'annonce des fondations
américaines, Rockefeller et Gates, d'investir $150 millions pour mener
une révolution verte en Afrique est une bonne nouvelle. Cependant, pour que
ces financements soient porteurs de progrès, « il faut se rappeler que les
changements doivent être portés par les acteurs, que les projets prennent
compte de la complexité des paysanneries et que le milieu agricole soit
capable d'absorber ces financements. Le problème : il faut faire du
sur-mesure ! », prévient Philippe Hugon.
La Banque mondiale opère aussi un changement de cap. Son prochain rapport
sur le développement sera consacré exclusivement à l'agriculture. « Les
prêts de la Banque mondiale en faveur de l'agriculture et du développement
rural, qui étaient en régression, viennent d'entamer le chemin inverse », a
reconnu Jacques Diouf. Mais attention, il faut rester prudent, souffle
Philippe Hugon. L'institution continue à prôner la libéralisation des
marchés et les écarts de productivité agricole dans le monde sont de l'ordre
de 1 à 100. « Sans un minimum de stabilité des prix, voire une protection
douanière, cela revient au jeu du pot de terre contre le pot de fer »,
ajoute-t-il, dénonçant les subventions agricoles des pays développés. « Pour
qu'une révolution verte réussisse en Afrique, il faut se pencher sur la
question des subventions qui créent des obstacles à l'accumulation du
capital et aux gains de productivité », renchérit Habib Ouane.
LA MICROFINANCE : UN OUTIL POUR LE
DÉVELOPPEMENT AGRICOLE
« Je n'ai pas d'argent. » C'est [a réponse que font la plupart des paysans
pour expliquer qu'ils n'utilisent pas d'engrais même s'ils ont constaté que
cela était économiquement très avantageux, lors d'une étude menée dans
l'Ouest du Kenya par Esther Duflo, économiste au Massachusetts Institut of
Technologies. Ainsi, l'accès au crédit des paysans apparaît comme un des
principaux freins au développement agricole. La microfinance est présentée
comme un outil de développement des zones rurales avec le développement des
expériences inspirées de la Banque des pauvres, la Grameen Bank de Muhammad
Yunus au Bangladesh.
« La microfinance est essentielle pour que les paysans pauvres puissent
investir plus et mieux dans le secteur agricole », affirme Hervé Lejeune,
directeur général adjoint de la PAO, à l'occasion de la rencontre avec les
acteurs du microcrédit, organisée par la Fondation pour l'agriculture et la
ruralité dans le monde (Farm). Cette rencontre qui a eu lieu le 7 mars au
Salon international de l'agriculture à Paris, a permis de présenter 5 cas de
microfinance en zone rurale. Visiblement, en Ethiopie tout reste à faire,
alors que Madagascar, avec les Caisses d'épargne et de crédit agricole
mutuels, a développé un réseau qui dispose d'une offre très diversifiée de
crédits (crédit bail, crédit grenier commun villageois pour les récoltes,
etc.) et des produits d'épargne. Diverses voies de développement du
microcrédit se profilent : baisse des taux d'intérêt, jugés souvent trop
élevés ; amélioration de l'accès aux services financiers ; adaptation aux
spécificités des filières agricoles. Pour Esther Duflo, la difficulté à
épargner est réelle. Les paysans subissent de fortes pressions de la part de
l'entourage sur l'argent liquide et au moment où il faut acheter l'engrais,
ils n'ont pas l'argent disponible. Les richesses sont aussi stockées sous
forme de production alimentaire mais, elles aussi, sont consommées
relativement rapidement. « Dans le cas de l'agriculture, la microépargne est
tout aussi importante que le microcrédit », conclut-elle.
Cependant, la microfinance ne reste qu'un outil. « Elle n'est pas une
solution miracle au développement agricole », avance Philippe Hugon,
professeur émérite d'économie à Paris X Nanterre. Les taux d'intérêt restent
élevés et les organismes de microfinance ne sont pas toujours présents,
surtout en milieu rural. « Certes, le microcrédit est une avancée mais cela
ne marche pas toujours. Il faut aussi aider les coopératives de crédit en
milieu rural et appuyer les associations villageoises qui sont des
intermédiaires et des interlocuteurs essentiels vis-à-vis des systèmes
financiers », ajoute M. Hugon. S.R.
Sylvie Rantrua
PEU D'AFRICAINS AU SALON DE
L'AGRICULTURE
(23/03/2007)
Ivoiriens, Maliens, Sénégalais... en dehors de l'Afrique de l'Ouest, le
continent est absent.
Cette année, 27 personnes présentent des produits ivoiriens. À côté des
produits traditionnels comme le café et le cacao, les Ivoiriens ont décidé
de mettre en valeur leur production halieutique, et notamment le thon. Deux
conserveries ivoiriennes, Pêche et Froid CI et Castelli CI, qui exportent
vers l'Union européenne, font passer le message auprès du grand public, avec
dégustation à l'appui. Parmi les produits ivoiriens mis en avant, outre les
cuirs et peaux, le coton. Un producteur du réseau coopératif Urecos,
installé au Nord du pays, reconnaît que le secteur est en crise : « Depuis
le déclenchement de la crise ivoirienne, les rendements ont été divisés par
deux. » Pour la première fois, la Côte d'Ivoire présente aussi des
escargots géants issus d'un élevage. Succès assuré pour le stand. Mais pour
un marché européen, ça sera plus difficile.
Un peu plus loin, sur l'espace dédié au Mali, on peut acheter des mangues.
Le pays présente aussi
son produit-phare, le coton, ainsi que ses produits dérivés : huile, savon,
aliment pour bétail. Pour leur part, les représentants du ministère malien
de l'Agriculture se réjouissent de la qualité des contacts avec des
officiels (ministres de l'Agriculture des pays voisins et des pays
européens, députés français...). Sur l'espace réservé au Sénégal, à côté de
l'Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) qui présente des
variétés de céréales sélectionnées et des vaccins pour les plantes, on
trouve Suneor, ex-Sonacos privatisée en 2005. Producteur d'huile d'arachide,
l'entreprise est venue faire campagne auprès des consommateurs et pour
combattre les fausses idées d'une huile qui donne du cholestérol. Mais c'est
le stand de Marie-Claude Tall, commerçante à Château Rouge dans le 18e
arrondissement de Paris, qui remporte le plus de succès. Jus de bissap,
tisanes et beurre d'arachide s'arrachent !
Du côté de l'espace bovin, Ballo Mamadou, éleveur togolais, est venu
s'informer et prendre des
contacts. En projet, l'insémination artificielle pour améliorer la qualité
de ses vaches laitières. Il pense aussi investir dans du matériel
semi-industriel pour la production laitière.
Sylvie Rantrua
AlDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT
PETITS ARTIFICES COMPTABLES ENTRE AMIS
(09/03/2007)
En volume total, l'aide augmente. Mais à
l'approche de l'échéance des ambitieux Objectifs du millénaire (OMD) en
2015, un autre indicateur est lui aussi à la hausse : celui de la tentation
des États...
AFRIQUE DE L'OUEST : BILAN
SATISFAISANT POUR LA BRVM
(09/03/2007)
Résultat globalement positif, capitalisation et transactions en hausse : la
Bourse régionale des valeurs mobilières a connu une année 2006 favorable.
La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a enregistré des résultats
...
Relance du gazoduc régional
(09/03/2007)
Le Comité des ministres de l'Énergie des quatre pays (Bénin, Togo, Ghana et
Nigeria) impliqués dans la réalisation du gazoduc de l'Afrique de l'Ouest
(Gao) s'est réuni le 12 février à Cotonou. Et ce pour identifier les
obstacles qui retardent la phase de construction...
PERTURBATIONS CHINOISES
(24/02/2007)
Trop laxistes, les prêts chinois en Afrique ? C'est en tous cas la critique
sous-jacente de la Banque européenne d'investissement, qui répercute au
niveau des banques les reproches adressés à la politique de coopération
chinoise...
LES ÉMIGRÉS, ACTEURS MAJEURS
DU DÉVELOPPEMENT
(12/02/2007)
Les migrants qui ont quitté des pays en développement contribuent sans
conteste à réduire la pauvreté dans leur pays d'origine. Passés au crible,
ces transferts réservent quelques surprises qui éclairent le débat actuel
sur le codéveloppement...
DAVOS CONCURRENCE NAIROBI...
( 05/02/2007 )
À l'heure des bilans du forum économique de Davos et du forum social de
Nairobi, deux visions s'affrontent. Les optimistes voient dans les
préoccupations climatiques et les débats sur la relance du cycle de Doha le
signe que les sans-voix ont été ...
Nouvelles mesures de
protection des stocks
(05/02/2007)
Les nations dont les flottes sillonnent régulièrement les eaux de la
Méditerranée ont convenu d'une série de nouvelles mesures visant à conserver
les stocks de poisson de la région, a déclaré la FAO le 16 janvier. Les
mesures ont été adoptées à l'issue de la réunion annuelle...
L'Afrique centrale se dote
d'une feuille de route
(29/01/2007)
Comme prévu lors de la conférence sous-régionale des ministres de
l'Industrie de l'Afrique centrale qui s'est tenue en décembre à Yaoundé, les
États membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale
(Cemac) s'engagent à harmoniser leurs ...
LES ÉCHANGES S'INTENSIFIENT ET
SE DIVERSIFIENT ENTRE L'INDE ET L'AFRIQUE
( 22/01/2007 )
L'Inde devient un partenaire économique incontournable pour l'Afrique. Au
delà de son impératif besoin de se fournir en matières premières, sa
stratégie de diversification sectorielle pourrait insuffler à l'Afrique une
nouvelle énergie...
chine-afrique [ IDYLLE SE POURSUIT
]
(15/01/2007)
La Chine mène ces dernières années une grande offensive diplomatique et
économique en Afrique où elle a envoyé du 1er au 8 janvier le chef de sa
diplomatie pour la tournée traditionnelle.
Habituellement, la diplomatie chinoise ouvre l'année par un déplacement en
Afrique...
ANNEE DE LA MICROFINANCE EN
AFRIQUE
(09/01/2007)
Les Nations unies avaient choisi 2005 comme
année du microcrédit, jugeant l'outil financier utile dans la course aux
Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). En 2006, le comité
Nobel enfonce le clou, en décernant le prix Nobel de la paix pour moitié
à...
Une ligne de crédit de
Proparco pour la BOAD
(09/01/2007)
La société de Promotion et de participation pour la coopération économique (Proparco)
a octroyé le 14 décembre un crédit de FCFA 9,8 milliards a la Banque
ouest-africaine de développement (BOAD). Cette ligne de crédit dont la
signature a eu lieu...
LA SFI VALORISE LE FRANC CFA
(09/01/2007)
C'est une première ! La Société financière internationale (SFI), une branche
de la Banque mondiale spécialisée dans le financement du secteur privé, a
réalisé en décembre sa première émission d'obligations en monnaie locale en
Afrique subsaharienne....
TRANSPORT AÉRIEN : L'ATTRAIT DU MARCHÉ
AFRICAIN
(09/01/2007)
L'heure est plus que jamais à la concurrence en Afrique. Delta Air Lines, la
compagnie américaine, propose depuis le 4 décembre des vols entre
Johannesburg, Dakar et Atlanta et depuis le 11 décembre entre New York et
Accra. Les Africains ne sont pas en reste...
LA CHINE A FAIM DE MATIÈRES AFRICAINES
(09/01/2007)
La hausse mondiale de la demande en matières premières a renforcé la
concurrence que se livrent les pays consommateurs pour accéder aux
ressources. Et à ce jeu là, c'est la Chine qui sort du lot. L'économie qui
croît le plus fortement au monde avait besoin de trouver des ressources
énergétiques et minérales rapidement et à moindre coût...
LE RÉVEIL DES PRODUITS
AGRICOLE
(09/01/2007)
Un a assisté en 2006 au réveil des agricoles, avec des progressions marquées
pour certains
d'entre eux. C'est le cas des céréales, dont les prix se sont élancés à un
plus haut de dix
ans. Car on ne se contente plus de les manger : on en fait des produits de
substitution ...
LES PARADOXES AFRICAINS
(25/12/2006)
Le dernier Baromètre mondial de la corruption (BMC) de
Transparency International (TI) place encore une fois l'Afrique en queue de
peloton. Néanmoins les résultats laissent aussi apparaître des surprises :...
KOFFI DJONDO : « LE CIEL AFRICAIN DOIT ÊTRE PARTAGÉ
DE MANIÈRE JUSTE »
(18/12/2006)
l'ancien ministre togolais des Entreprises
publiques, de l'industrie et de la privatisation est aujourd'hui à la tête
de la Société de promotion d'une compagnie aérienne régionale (SP-Car),
une structure (fui pilote le projet de création d'une compagnie aérienne
en Afrique de l'Ouest. Le champ laissé libre par la défunte ...
LES
QUESTIONS MIGRATOIRES AU CŒUR DU DÉVELOPPEMENT
(04/12/2006)
La rencontre de Tripoli aura permis de mettre à plat les divergences de
vues entre Afrique et Europe sur la question de l'immigration. Une chose
est sûre : la question migratoire est désormais solidement inscrite au
cœur des politiques de coopération....
Arrivée de la low-cost
d'Air France-KLM
(04/12/2006)
Air France-KLM lancera, pour un investissement de l'ordre de € 20
millions, une « compagnie régulière à vocation touristique » sur plusieurs
destinations loisirs moyen-courriers au départ de la France dès le
printemps 2007. « Le modèle économique particulier (mélange de vols
réguliers et non réguliers)...
Réunion sur l'assurance des
catastrophes naturelles
(27/11/2006)
Le Centre africain des risques catastrophiques (CARC) a organisé les 13 et
14 novembre une conférence à Casablanca. Face à l'amplification des
catastrophes naturelles ces dernières années, le centre veut souligner «
la nécessité de mettre en place des régimes obligatoires d'assurance pour
faire face aux dommages ...
La Bceao
modernise
(27/11/2006)
La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) a mis en
place de nouveaux systèmes de paiement valables dans la zone Union
économique et monétaire ouest-africaine (Ue-moa). Ceux-ci tournent autours
du Système de transfert automatisé et de règlement (Star), du Système
interbancaire de ...
MAIN BASSE SUR L'AFRIQUE PAR LA CHINE ?
(13/11/2006)
Le 3e forum
Chine-Afrique, qui s'est achevé le 5 novembre à Pékin (Beijing), a été
l'occasion d'une véritable démonstration de force des autorités chinoises.
Avec des échanges et des investissements en constante hausse, la Chine
s'installe définitivement comme un partenaire incontournable. Attirée par
les matières premières...
LES AFRICAINS SE CREUSENT LA TÊTE
(13/11/2006)
Un an après le sommet mondial sur la société de
l'information (SMSI) qui a eu lieu en Tunisie, le pays a accueilli les 26
et 27 octobre une réunion panafricaine : « ICT4AII Tunis+1 ». Un forum
destiné à faire le bilan des investissements effectués en Afrique un an
après le sommet mondial. Une façon de rappeler que les grands discours
doivent être suivis de faits...
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