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AFRIQUE DU SUD
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LES COUPURES D'ESKOM PARALYSENT
L'ECONOMIE SUD-AFRICAIN
(11/02/2008)
Depuis le 10 janvier, Eskom, qui fournit
95 % de l'électricité sudafricaine, multiplie les coupures volontaires.
En cause: le défaut d'anticipation de la croissance économique de ces
dernières années.
« Prenez une douche rapide plutôt qu'un bain. » Eskom en est au point de
prier les foyers sudafricains, déjà excédés par les coupures
d'électricité à répétition, de faire toujours plus d'efforts. Le
fournisseur public d'électricité ne paRvient plus à faire face à la
demande domestique croissante: elle atteint 36700 megawatts (MW) quand
l'offre ne peut excéder 38 500 MW. Et le débat se politise: le président
Mbeki a reconnu en décembre avoir jadis refusé de financer les projets
d'expansion d'Eskom.
La solution préconisée est double. À court terme, l'urgence est à la
réduction de la demande. Via des quotas, d'abord: selon le
ministère de l'Énergie et des minéraUX, ils pourraient entrer en vigueur
dans les trois mois, assortis de pénalités. Trente-huit des plus gros
clients d'Eskom acceptent par ailleurs de réduire leur consommation de 10
% à 20 % dans les années à venir. Des mesures incitatives sont aussi mises
en place qui privilégient l'énergie solaire. Les exportations ont enfin
été réduites vers les pays voisins (Namibie, Botswana, Zimbabwe), même
s'ils ne captent que 5 % de l'électricité produite par Eskom.
À long terme, une partie de la solution sera nucléaire. Le français Areva
ou l'américain Westinghouse devrait construire, d'ici à 2016, une centrale
de € 12 milliards. L'objectif d'Eskom: développer 20000 MW d'énergie
nucléaire d'ici à 2025 grâce à six nouvelles centrales. Si le gouvernement
met la main à la poche, les dépenses d'infrastructures devraient atteindre
au total € 30 milliards dans les cinq prochaines années. Les tarifs
augmentent d'ailleurs de 14,2 % en 2008 (alors qu'Eskom demandait 18,7 %),
avant de nouvelles hausses promises pour les années à venir.
Il y a urgence. Outre que les délestages actuels ont déjà eu de lourdes
conséquences sur les acteurs économiques qui se ruent sur les générateurs;
outre que les pertes se chiffrent déjà à environ € 200 millions et que le
maintien de la croissance est à terme menacé, la confiance des
investisseurs est ébranlée. Et l'impact est déjà de taille, notamment dans
le secteur minier. « On ne vend pas ce qu'on n'a pas », argumentait
récemment Bongani Nqwababa, le directeur financier d'Eskom, en demandant
de ne pas lancer de gros projets industriels avant 2013, quand la
situation devrait s'être améliorée. Le dirigeant évoque même un délai
pour la construction de la fonderie d'aluminium de Rio Tinto, qui
produirait 360 000 tonnes par an sur le port de Coega, à Port-Elizabeth.
Un contrat de 25 ans avait été signé en novembre 2006 avec Alcan (racheté
depuis par Rio Tinto) pour la délivrance à terme de 1 350 MW, dont 650
avant 2010. Rio Tinto maintient son projet pour le moment.
D'autres projets pourraient être remis en question, dans le ferrochrome et
le platine. Du côté d'Anglo Platinium, qui veut consacrer € 3,9 milliards
à son expansion, 500 MW supplémentaires sont nécessaires à l'horizon 2013,
2 000 d'ici à 2017... La donne pourrait changer. BHP Billiton annonce
aussi devoir revoir les plans d'expansion de deux fonderies d'aluminium à
Richards Bay, près de Durban. La génération par les groupes miniers de
leur propre électricité pourrait être une solution à long terme. Le pays,
où la production d'électricité est la moins chère au monde, n'est plus un
paradis.
Antoine Gazeau
L'Afrique Australe privée de courant
La pénurie d'électricité se fait de plus en plus sentir en Afrique
australe où plusieurs pays ont été affectés le 22 janvier par des pannes
de courant d'ampleur nationale suite au gel des exportations
sud-africaines d'électricité. Au Zimbabwe, pays en dépression économique
qui accumule les arriérés envers la compagnie publique sud-africaine Eskom,
la production industrielle a été paralysée par une deuxième panne
d'électricité d'envergure nationale en quatre jours. Le 20 janvier, la
Namibie avait annoncé avoir reçu ses premières livraisons d'électricité
(40 MW) depuis le Zimbabwe. Les deux pays avaient signé en février 2007 un
accord de crédit de $ 40 millions accordé à cet effet par la Namibie au
Zimbabwe. Le Swaziland, qui importait jusque là 80 % de son électricité
d'Afrique du Sud, va engager des négociations pour importer davantage
d'électricité du Mozambique, son autre fournisseur.
M.D.
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