EGYPTE
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CANAL DE SUEZ : PERFORMANCES ET
AMBITIONS
(07/04/2007)
Le canal de Suez reste, avec le tourisme, les transferts des expatriés et le
pétrole, l'une des principales sources de devises de l'Egypte. Pourtant ses
bonnes performances ne suffisent pas à brider les ambitions de ses
responsables. Petit tour d'horizon.
Plus de 130 ans après son inauguration en 1869 et plus de 50 ans après sa
nationalisation en 1956, le canal de Suez affiche des performances plus
qu'honorables. Les chiffres pour l'année 2006 sont éloquents : cette voie
d'eau reliant la Méditerranée à la mer Rouge sur une longueur totale de 193
kilomètres a rapporté en droits de passage $ 3,82 milliards l'année
dernière. Elle compte pour 7,5 % environ du commerce maritime mondial, et
plus de 18 000 navires l'ont traversée. Ses capacités ont également été
améliorées au fil des années. C'est
ainsi que d'un canal unique à l'origine, il a évolue pour comporter
aujourd'hui plusieurs voies facilitant le trafic dans les deux sens. Son
tirant d'eau a également augmenté, avec un minimum de 62 pieds actuellement,
permettant le passage de navires jusqu'à 225000 tonnes (t). Il semble
pourtant que cela ne soit pas suffisant pour les responsables de l'Autorité
du canal de Suez (ACS), qui continuent à suivre une politique d'augmentation
du tirant d'eau. Dans ce domaine, c'est la conjoncture internationale qui
fait loi. Or, avec une croissance prévue de 7,6 % du commerce international
cette année, l'ACS s'attend également à une augmentation parallèle des
navires de gros tonnage. D'où un premier projet en cours, qui devrait
s'achever à la fin de cette année : l'augmentation du tirant d'eau du canal
jusqu'à 66 pieds, par le recours à des dragueurs. Cette mesure permettra
ainsi le passage de navires-containers de 240000 t.
Cela ne résoudra pas le problème des vraquiers et des supertankers, qui
dominent le commerce maritime mondial. Vides, ils sont nombreux à pouvoir
traverser le canal. Mais chargés, leur tonnage peut atteindre 575000 t, soit
plus du double de la capacité maximale du canal. Jusqu'à maintenant, la
solution pour leur permettre de passer est la suivante : ils déchargent à
Ain Sukhna, passent à vide, pour ensuite récupérer leur cargaison
acheminée par l'oléoduc Sumed - au terminal pétrolier de Sidi Krir sur la
côte méditerranéenne. D'où un second projet de cinq ans, qui doit débuter en
2010, d'approfondir le canal jusqu'à 72 pieds, autorisant ainsi le passage
de navires de 350 000 t. Pour financer ce projet, d'un coût de $ 5
milliards, l'ACS a décidé d'augmenter les droits de transit de quelque 3 %
en mars 2006, taux qui pourrait être encore relevé. La question est de
savoir si cette augmentation ne risque pas d'éroder la compétitivité du
canal de Suez par rapport à ses concurrents. Cependant, bien que certaines
sociétés de transport maritime s'en soient plaintes, elles reconnaissent que
cette décision reste peu dissuasive. Quels sont les principaux concurrents
du canal de Suez ? Le cap de Bonne Espérance et le canal de Panama. Or, le
canal de Suez raccourcit la distance entre l'Europe et les ports du
Moyen-Orient, de l'Asie du Sud et du Sud-Est de plus de 80 % par rapport au
cap de Bonne Espérance, les économies en temps, en carburant et en
déchargement compensant largement l'augmentation. Quant au canal de Panama,
il pourrait être intéressant pour les cargos venant de l'Asie du Nord et se
dirigeant vers l'Est des États-Unis, mais sa capacité reste limitée par
rapport à son concurrent égyptien, qui restera le passage obligé de ces
navires jusqu'en 2015 au moins. Le canal de Panama aura alors probablement
doublé sa capacité. En attendant, les stratèges de l'Autorité du canal de
Suez peuvent rester optimistes : celui-ci restera encore longtemps une
source importante de devises.
Michel Galloux
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