EGYPTE
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ASSURANCES : APRÈS L'OUVERTURE AU
SECTEUR PRIVE, LA PRIVATISATION DES ENTREPRISES PUBLIQUES ?
(23/10/2003)
Le gouvernement Nazif a décidé de placer les quatre sociétés d'assurances
publiques, qui dépendaient jusque-là de l'Egyptian Insurance Supervisory
Authority, sous la tutelle d'une nouvelle entité : la Holding
d'assurances. Il ne s'agit pas là d'un simple changement de nom. La
propriété de ces sociétés (qui restent pour l'instant publiques) sera
désormais séparée de leur gestion, soumise aux règles de la concurrence.
Une mesure qui a déjà donné de bons résultats dans les banques publiques.
Deux objectifs : faire face à la concurrence des sociétés privées et
préparer le terrain de privatisations futures.
La brèche de la privatisation a été ouverte à la faveur de la loi 91 de
1995, qui a permis de privatiser trois sociétés d'économie mixte (Suez,
Mohandes et Delta). Mais c'est sunout la loi de 1998 qui provoque une
révolution en autorisant la détention à 100 % des sociétés d'assurances
par des capitaux étrangers. Depuis lors, les quatre sociétés publiques
(Misr Insurance, Al Chark Insurance, National Insurance et l'Egyptian
Reinsurance) ont perdu 23 % de leurs parts de marché au profit de ces
nouveaux concurrents dont les principaux sont l'Américain Alico Pharaonic
(assurance vie), les Allemands Allianz Insurance Egypt (assurance non vie)
et Allianz Life Insurance (assurance vie), l'Américain Commercial lnt'l
Life Insurance (CIL), le Français NSGB Life Insurance et le Britannique
Royal & Sun Alliance Insurance.
Comme dans le domaine bancaire, le problème essentiel du secteur est son «
sous-développement » relatif : l'Egypte détient avec le Vietnam, l'Arabie
Saoudite, le Koweït et l'Algérie le record du taux de pénétration le plus
bas du monde. Certes, en 2004/05 les compagnies d'assurances ont collecté
1 522 millions de livres égyptiennes (LE) (environ € 208 millions) pour
l'assurance vie (soit 35 % du total et 13,7 % d'augmentation par rapport à
l'année précédente) et LE 2767 millions (€ 379 millions) pour l'assurance
non vie (11,1 % d'augmentation par rapport à l'année précédente). Mais
cela ne représente jamais qu'environ 1 % du PIB. À titre de comparaison,
cette proportion atteint entre 4,5 % et 5 % du PIB dans les
autres pays émergents et 6 à 12 % dans les pays industrialisés.
Pour expliquer le faible développement de l'assurance, les facteurs sont
les mêmes que dans le secteur bancaire : le bas niveau de vie de la
majorité de la population (moins de € 2 par jour) et surtout les
considérations culturelles et religieuses, l'assurance étant un « pari »
sur l'avenir condamné par le Coran. Conséquence : une majorité
d'Égyptiens (y compris parmi les couches les plus favorisées) n'assurent
ni leur voiture ni leur appartement. L'Egyptian Saudi Finance Bank
(appartenant au groupe financier islamique Dallah Al Baraka) est donc
montée au créneau en proposant le volet « assurance » de la banque
islamique. Elle a créé une société d'assurance proposant des contrats «
islamiques » de type participatif, dans lequel les souscripteurs ne paient
pas une « prime » classique (perdue en cas de non-réalisation du risque et
qui ne leur rapporte rien), mais font un placement aux profits duquel ils
sont associés.
C'est donc le secteur privé toutes tendances confondues (égyptien ou
étranger, laïc ou islamique) qui mène la course à l'exploitation du
marché égyptien de l'assurance. Un marché qui ne serait exploité
actuellement, selon les experts, qu'à 15 % ou 20 % de son potentiel, la
cible à viser représentant quelque 5 millions de personnes dont les
revenus varient entre LE 2 500 et 5 000 par mois (€ 342 à 684).
Mais des contraintes bureaucratiques importantes demeurent. L'approbation
des autorités
de tutelle est requise pour tout nouveau produit et des droits
d'enregistrement non négligeables sont prélevés par l'État : 3 % des
primes collectées pour l'assurance vie et 22 % des primes collectées pour
l'assurance non vie.
Dans ce contexte, les autorités tablent sur le développement de la
bancassurance et sur le programme de restructuration-privatisation en
cours. C'est le consortium dirigé par BNP Pari-bas, comprenant la CIB et
l'actuaire (spécialiste de l'analyse des risques) américain Milliman, qui
a été mandaté par le gouvernement pour restructurer les quatre compagnies
publiques, en prélude à leur privatisation. Un processus qui devrait durer
environ un an.
Michel Galloux
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